lundi 9 avril 2018

[Chronique] La cage de la mante religieuse - Psyche Delico

La cage de la mante religieuse, tomes 1 et 2 - Psyche Delico









Titre: La cage de la mante religieuse
Auteur: Psyche Delico
Éditions Hana collection
Genre: yaoi
Âge: 18+
deux tomes parus, série en cours





Résumé:


Durant l'ère Showa, Ikurô Tôma, un jeune homme ayant déjà perdu sa mère devenue folle, revient dans la résidence familiale pour prendre la tête de l'entreprise de son père après son décès récent. Mais sa mort révèle de lourds secrets de famille, et surtout un grand frère dont Ikurô ignorait l'existence, Ranzô, gardé prisonnier toute sa vie dans une pièce au fond du manoir. Pour supporter le poids de ce fardeau, Ikurô ne peut compter que sur Norihiko, son domestique, au service de sa famille depuis son enfance.




Biographie de l'autrice:


PSYCHE Delico est une mangaka japonaise spécialisée dans le genre Boy's Love.

Elle fait également partie du cercle de doujinshis Sonico.




Chronique d'Aurélie


Encore un manga qui m’a été amplement conseillé. J’en avais entendu parler il y a des mois, mais je ne sais pas pourquoi, dans l’instant, le style des dessins ne m’attirait pas du tout. Pourtant j’avais déjà lu un manga de la mangaka, Choco strawberry vanilla, que j’avais adoré.

Concernant les dessins, donc, je ne le trouvais pas très esthétiques, alors qu’au final, c’est vraiment un style que j’adore, qui, je trouve, a un côté très japonais, et très artistique.

Pour le coup, je trouve les couvertures de ces deux premiers opus splendides. Ce mélange de grâce et de sordide, la pureté des visages et ce côté profondément malsain et inquiétant, la présence des fleurs dont la symbolique ici est très forte (elles sont en rapport avec Ranzô, le frère d’Ikurô, personnage sur qui l’histoire est centré, et ce sont des orchidées, fleur dont « prend l’apparence » la mante orchidée, une espèce de mante qui ressemble à l’orchidée).

Le style de dessins est très particulier. Les traits sont doux, quelque part très simples, mais pourtant extrêmement expressifs. Ou inexpressifs selon les personnages et leur personnalité. Pour le coup, cette capacité à rendre complètement neutre un visage est un atout majeur qui pose une ambiance incroyablement inquiétante. Qui met parfois profondément mal à l’aise.

Surtout en la personne de Norihiko, le domestique, personnage énigmatique qui me met, depuis le début, des frissons dans le dos. Et plus l’histoire avance, plus cet homme qui cache ses intentions et possède des pulsions et sentiments vraiment malsains fait peur et dérange. Il est LE personnage malsain de l’histoire, même si les autres ne sont pas forcément tout roses, loin de là.

En fait, tous les personnages sont très complexes et déstabilisants. Que ce soit dans une simplicité creusée à l’extrême, comme dans le cas de Ranzo, mon chouchou, qui est innocent, pur et simple d’esprit, ou dans la complexité de la folie qui peu à peu s’empare de la mère d’Ikurô et la rend terriblement angoissante et cruelle. Ne parlons même pas du père, dont on n’a pas encore aperçu le visage à la fin du tome 2, et qui est aussi obscur dans ses actes que dans sa façon de traiter ses deux fils. De ce que l’on perçoit pour l’instant (sachant qu’il s’agit du point de vue aveuglé et faussé d’Ikurô, et qu’en fait, on ne connaît pas la vérité et le pourquoi de ce que l’on aperçoit), il avait des sentiments ou pulsions incestueuses envers son aîné et haïssait son cadet. Mais on ignore le pourquoi du comment et même ce qui s’est vraiment, au fond, passé.

Nous sommes généralement très proches d’Ikurô, qui est le principal protagoniste de cette histoire. Un personnage touchant, Ikurô, certes terriblement violent envers son frère, du moins au début, mais surtout perdu, embrouillé dans ses souvenirs passés, le mépris et la haine de son père, la folie de sa mère, le poids qu’il porte en tant que futur héritier de la famille Tôma… et l’horrible réalité qui fait qu’à la mort de son père, c’est son aîné simple d’esprit qui est en vérité l’unique héritier. Ikurô a toujours tout fait pour que sa mère soit fière de lui, pour mériter et gagner sa place à la tête de cette famille de fous, et le voilà dans une situation qui, à ses yeux, est tout bonnement insoutenable. Et terriblement cruelle. D’autant qu’il doit continuer à sauver les apparences, renoncer à ses études et devenir le chef de la famille Tôma… uniquement au regard du monde, puisque dans les faits, il n’est rien d’autre qu’une ombre au service d’une famille qui l’a abandonné et s’est détournée de lui.

Et puis, il y a ces sentiments horriblement douloureux et irrépressibles qu’il ressent pour Norihiko. Cet homme qui ne devrait être que son serviteur. Cet homme qui en vérité, semble être un marionnettiste menant son maître là où il le souhaite. Évidemment, ce n’est pas dit tel quel, et on ignore à peu près tout des buts de Norihiko, mais une chose est certaine, c’est un pervers manipulateur en puissance, et un sadique qui aime voir les gens se briser. Il parle d’amour, et il a l’air d’y croire, en fait. Mais sa façon d’aimer… est très particulière. Et entre ses bras, Ikurô, livré à lui depuis qu’il est bien trop jeune, est un véritable agneau…

Au final, même si au départ, Ikurô porte un masque de froideur hautaine et violente son frère, cet ange adorable qu’est Ranzô (j’adore Ranzô !!), il a énormément de points communs avec son aîné, à commencer par cette innocence qui en fait des êtres gentils et manipulables à la fois. Bon, Ranzô étant un enfant dans un corps d’adulte, le manipuler reste assez complexe, ceci dit. Mais ce que je veux dire, c’est que tous les deux ont ce côté très pur, très candide qui les rend fragiles et les met en danger. Surtout avec un Norihiko dans leur entourage.

Les autres personnages qui gravitent autour de nos deux Tôma sont tantôt discrets, tantôt touchants, tantôt intrigants. J’aime beaucoup Ken’ichi, le facteur qui devient le gardien de Ranzô. Il veut protéger Ranzô des autres, et réalise peu à peu qu’à cause de la grande beauté du jeune homme, il va peut-être aussi devoir le protéger… de lui-même, et de son désir grandissant.

J’ai adoré Iida, aussi, « l’ami » d’Ikurô à l’université. Je pense que ce personnage aura son importance dans la suite, et j’ai hâte de le voir mettre le bazar dans la vie d’Ikurô et se confronter à Norihiko !

Enfin, le personnage féminin de Sachiko apporte une touche de douceur et de générosité dans le tome 2. C’est une femme courageuse, gentille, compréhensive et intelligente, qui est comme un rayon de lumière dans cette histoire sombre et tragique. Tout comme Ranzô, elle fait partie de cette catégorie de rares personnages purs et lumineux, vraiment complètement. Elle m’a énormément touchée, et je trouve qu’elle est un grand plus dans l’histoire (mais je ne vous dis rien sur son rôle, à vous de le découvrir par vous-même !)

Je reviens un peu sur les graphismes pour vous parler de l’érotisme intense de cette œuvre. Les scènes ne sont pas très précises, mais elles ont un côté très cru. Peut-être à cause des baisers extrêmement détaillés et sensuels qui égrainent l’histoire (et qui font plus d’effet que bien des scènes érotiques de bien des mangas que j’ai lus, franchement !), ou alors peut-être à cause des expressions des visages. Particulièrement du visage d’Ikurô, celui de Norihiko restant au contraire en général très froid, contraste frappant, déstabilisant… et profondément érotique. Et elles sont longues, il y a tout un jeu entre ces deux-là, ou plutôt, Norihiko aime jouer avec le désir et la passion d’Ikurô, le manipuler, lui dire ce qu’il lui fait, va lui faire… ou voudrait lui faire. Jouant sur la ligne du « deux hommes ne doivent pas faire ça », mais étant finalement celui qui mène Ikurô sur cette pente infernale qui les conduit à se désirer sans fin. En clair, ces scènes sont à la fois sulfureuses et malsaines, selon si on les considère du point de vue d’Ikurô qui se noie dans son amour pour son domestique… ou du point de vue de Norihiko qui, vous l’aurez compris, est un dangereux psychopathe manipulateur.

Dans tout cela, les décors sont splendides, l’univers extrêmement bien posé et retracé, et l’intrigue est un petit bijou qui nous garde en haleine tout du long. Quelle frustration d’arriver à la fin du second tome… (j’ai pu lire le tome 3 en scans mais je ne vous en parlerai qu’après sa sortie, quand je l’aurai acheté et relu ! ;-) et la frustration demeure de toute manière de n’avoir pas la suite…) Pour moi, ce manga est un des plus gros coups de cœur que j’ai eus. Un véritable joyau que je vous conseille vivement… si vous avez le cœur accroché, et que vous aimez les histoires très, très sombres et malsaines.



Points positifs : de magnifiques graphismes, à la fois très doux, très harmonieux, et très singuliers ; une histoire politique, complexe, touchante et poignante ; une ambiance parfaitement bien rendue pour une époque révolue dans laquelle on plonge complètement ; des personnages complexes aux caractères forts et attachants ; des personnages secondaires très présents qui donnent un gros plus au scénario.

Points négatifs : de nombreuses fautes trouvés dans la traduction des dialogues.



Note : 5/5

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