lundi 25 septembre 2017

[Interviews] Eve Terrellon

Installée depuis de nombreuses années dans le Berry, Eve Terrellon a d'abord exercé dans le cadre de l'insertion professionnelle avant de créer sa petite entreprise de gardiennage d'animaux. Elle se consacre aujourd'hui pleinement à l'écriture.En 2013, la Colline de l’oubli, romance traitant de la transsexualité dans un contexte de western historique, et La Petite Fée de Noël, romance plus légère mâtinée de paranormal et de fantasy voient le jour. 




Eve Terrellon a eu l'amabilité de bien vouloir répondre à quelques questions qui j'espère vous aideront à découvrir son univers.
Depuis combien de temps écris-tu ?

Longtemps. Trop longtemps peut-être si l’on considère tout ce que j’aurais pu faire si je n’avais pas écouté la muse posée sur mon épaule. Ceci dit, je n’ai aucun regret d’avoir cédé à son chant. Si l’on considère que toute feuille griffonnée pour raconter une histoire compte pour un essai littéraire, alors je le fais depuis l’enfance. Avec un pic de production à l’adolescence. Ensuite, j’ai dû réfréner mon goût d’écrire au gré des obligations de ma vie professionnelle et familiale. Ce n’est que depuis que je ne travaille plus que j’ai retrouvé le rythme de ma jeunesse.
Écrire est pour moi avant tout une passion et le moyen d’évacuer le trop-plein de mon monde imaginaire. Mais pour moi, tout n’est pas publiable, loin de là, et il arrive que ne je montre à personne ce qui m’a demandé des mois de labeur. Mais même si je demeure ma seule lectrice, l’enchantement agit toujours, et c’est là l’essentiel.


Est-ce ton premier livre, combien en as-tu écrit ?

Non, « Les Amants de la mer de Chine » n’est pas mon premier roman. Si je mets de côté tous ceux que j’ai préféré ne jamais montrer, il y en a eu neuf, plus six nouvelles, qui ont tous été publiés. En sachant qu’à ce jour, j’ai négocié avec un de mes éditeurs pour en retirer trois de la diffusion, et qu’une de mes nouvelles n’est également plus disponible pour cause de disparition de l’éditeur cette fois-ci, il reste donc six romans et cinq nouvelles à la disposition du public, que rejoindra bientôt un nouveau roman historique qui doit sortir en juin.


Quels sont tes auteurs et tes genres littéraires préférés ?

Je suis très éclectique dans mes lectures, et en plus, mes goûts varient avec les années. Néanmoins, si je devais résumer mes grandes tendances, je mettrais en avant la science-fiction et le fantastique, avec parfois une petite pointe d’horreur. L’historique arrive en troisième position, suivi de près par les thrillers plutôt noirs. Pour l’historique, ce repli vient principalement du fait que ce genre est boudé depuis quelques années par les auteurs, et qu’il devient difficile de trouver un bon roman dans cette veine, autre que certaines romances bien travaillées.
Quant aux auteurs, je demeure très classique : Stephen King, Jeanne Bourin, Franck Herbert, Anne Rice, pour ne citer que les plus célèbres.


As-tu d’autres projets dans l’immédiat?

Plein, que je ne pourrai certainement pas tous réaliser. Ma vie est compliquée, et je manque cruellement de temps. Néanmoins, je continue de m’accorder le plaisir d’écrire lorsque je le peux. Actuellement je travaille sur un nouveau roman gay contemporain. Une histoire de passion contrariée, qui n’entre pas pour autant dans le cadre pur de la romance. Si je l’écris, c’est davantage pour le fun. J’avais besoin de faire un break avec l’historique. Celui d’évacuer une histoire qui obnubilait mon esprit aussi. Un peu comme un accouchement. Mais un accouchement dans la bonne humeur. Avec l’écriture de cette histoire, je m’accorde vraiment une pause récréative, même si son sujet est grave. Quant à savoir si je la soumettrai à un éditeur, tout dépendra de son résultat final. Et j’ai tendance à être la pire de mes critiques.
Plus sérieusement (car ce titre est déjà attendu par un de mes éditeurs), je vais m’attaquer au début de l’été au dernier tome de ma saga médiévale sur « Les Dames de Riprole ». Ce dernier opus sera un peu particulier par rapport aux quatre premiers, dans le sens où il mettra en scène une romance entre deux hommes, alors que jusque-là la série était principalement axée sur des couples hétéros. C’est un choix un peu risqué, mais mon éditrice pour soutien dans ma démarche.
J’ai également en projet la réécriture de mon premier roman « La Colline de l’oubli » (un de ceux dont j’ai demandé le retrait). C’est une histoire à laquelle je tiens particulièrement, et j’espère parvenir à la remanier en 2018. Pour le reste, un de mes éditeurs m’a passé une commande, en me demandant d’écrire une nouvelle romance historique, fortement mêlée de fantastique cette fois-ci. Cela fait déjà quelques bons chantiers en prévision et je préfère ne pas me projeter au-delà.


Penses-tu/Veux-tu te faire éditer un jour ou tiens-tu à t’autoéditer pour garder plus de libertés sur tes écrits ?

En fait, la question devrait être tournée à l’envers, car pour le moment tout ce que j’ai publié l’a été par l’intermédiaire d’un éditeur traditionnel. Ne travaillant plus, m’autoéditer m’obligerait à me déclarer en autoentreprise, et je préfère éviter ce système. Donc, pas d’auto-édition pour moi à court terme. Après, nul ne sait ce que l’avenir nous réserve, mais avec cinq éditeurs différents, j’ai la possibilité de soumettre pas mal de choses dans des genres très différents. L’auto-édition procure certes une plus grande liberté, mais elle demande la mise en place de tout un tas de savoir-faire que je n’ai pas forcément.


Où puises-tu toutes ces idées ? D’où vient l’inspiration ?

J’aimerais répondre : de mes lectures, ou de l’observation autour de moi, mais honnêtement, je n’en sais rien. Un matin je me réveille et l’idée est là. En germe ou déjà bien développée. En fait, je dirais que j’ai tendance à rêver des bouts de mes histoires. Et comme je me souviens souvent de mes rêves, il m’est facile d’extrapoler à partir de mon monde onirique pour créer un univers, des personnages et une histoire. Ou plutôt pour les mettre en place, dans le sens où ils sont déjà bien ancrés dans ma tête. D’où me viennent ces rêves, cela demeure un mystère, mais le réservoir ne se tarit jamais. Si une idée me semble intéressante au réveil, par contre il faut que je la note. Sinon, tout s’effiloche rapidement.


Quand tu commences à écrire une histoire, la connais-tu en entier ou bien improvises-tu au fur et à mesure ?

Je connais toujours les grandes lignes et surtout la fin d’une histoire. À partir de là, je dresse un plan succinct, qui m’aide à ne pas me perdre en chemin. Ensuite, je brode en fonction de la direction que je suis. Il arrive ainsi que des personnages auxquels je n’avais pas songé appariassent, que certains s’étoffent davantage que prévu, ou bien occupent moins de place que je le pensais au départ. Les évènements qui tissent l’histoire peuvent également différer de ceux auxquels j’avais pensé au début. Le but, c’est d’arriver à une fin le plus cohérente possible avec l’ensemble.
Donc, d’un côté je maîtrise le cheminement de mon récit, et de l’autre j’accepte de me laisser surprendre par mes personnages lors de certains passages, à partir du moment où ces surprises me semblent donner quelque chose de meilleur que ce que j’avais prévu au départ.


Combien de temps mets-tu pour écrire un livre ? Ecris-tu plusieurs heures par jour ?

Tout dépend de sa longueur. Pour écrire un petit roman de 200 à 250 pages, il me faut quatre mois en moyenne. En partant du principe que je m’y tienne. Pour « Les amants de la mer de Chine » il m’a fallu presque deux ans. J’admets que ce livre fait plus de 550 pages, mais c’est surtout parce que je ne l’ai pas écrit d’une traite qu’il m’a fallu si longtemps. Je doutais beaucoup de sa pertinence en l’écrivant, et j’ai parfois fait des pauses de plus de trois mois entre deux chapitres. Ce qui me permettait d’écrire ma série sur « Les Dames de Riprole » dans l’intermède. Série pour laquelle je suis tenue par contrat à une remise de roman tous les six mois. Mon temps de réalisation est donc variable, en fonction de l’état d’urgence ou non du roman en question.
Et sinon, oui, j’essaye (ou plutôt j’essayais) d’écrire plusieurs heures pas jours. Entre trois et quatre en moyenne, ce temps incluant celui des corrections, que je travaille généralement au fur et à mesure de l’avancée d’un récit.


Comment procèdes-tu pour écrire un livre ?

Je pense que j’ai un peu répondu précédemment. Déjà, il y a l’idée centrale, les personnages. Ensuite, j’établis un plan, parfois très sommaire. Je travaille en chapitres et j’essaye d’équilibrer leur longueur. Pour moi, la moyenne idéale se situe autour de 4000 mots. Mais il m’arrive parfois de frôler les 7000. Au-delà, je coupe le chapitre en deux. Écrire des parties de moins de 2500 mots me gêne énormément par contre. J’ai l’impression de n’avoir rien dit et dans ce cas je revois le découpage de mon histoire. Autre chose importante, je donne toujours des titres à mes chapitres, et ceux-ci sont en général trouvés avant que je n’écrive le chapitre lui-même. Ils font souvent partie du plan de départ.
En général, je commence systématiquement ma journée d’écriture en relisant ce que j’ai écrit la veille et en me corrigeant. Ensuite, c’est fonction de mon inspiration. Je peux rester plus d’une heure derrière mon ordi, comme l’abandonner au bout de vingt minutes. En principe, j’écris tôt le matin, un peu en début d’après-midi, et le soir. Je travaille sans bêta, et si je soumets un écrit à la relecture avant soumission à un éditeur, c’est généralement lorsque le livre est totalement écrit et corrigé. Je prends naturellement en compte les avis de mon ou mes relecteurs pour améliorer ce qui peut l’être encore. Si j’ai un doute ou une question particulière, il m’arrive aussi d’adresser un chapitre unique en cours d’écriture, mais c’est plus rare.


Où écris-tu ? As-tu besoin d’une certaine ambiance, de conditions de travail particulières?

Pour mon malheur, je fais partie de ces auteurs qui n’arrivent absolument pas à travailler dans le bruit du quotidien ou si d’autres personnes leur tournent autour. Il me faut soit du silence, soit une douce musique de fond, et surtout de la solitude. Or, je traverse une période de ma vie où celle-ci me fait cruellement défaut, ce qui explique une baisse drastique dans ma production actuelle.


Quelle est la phase la plus difficile, dans l’écriture d’un roman ?

Pour moi, indéniablement la dernière relecture, car c’est celle qui va me permettre de déterminer ce que je fais de mon manuscrit. Et je suis généralement seule pour prendre cette décision. Cette relecture intervient une fois que j’ai achevé les corrections qui me paraissaient indispensables. C’est là, et seulement là que je m’imprègne véritablement de l’effet produit par l’ensemble du récit. Et c’est là aussi que je me dis : « tu as écrit quelque chose de pas trop mal, il va falloir maintenant songer à trouver un éditeur », ou bien : « c’est totalement merdique, à jeter ! ».
Après je reconnais que tout dépend de mon humeur du moment, et que c’est un système de sélection très aléatoire. Je valide parfois des histoires pour me poser plein de questions sur leur qualité après coup (ce qui a été le cas pour « Les Amants de la mer de Chine » avant qu’il ne soit très rapidement accueilli avec enthousiasme chez Mix Editions), et je me doute que certains des récits que j’écarte seraient peut-être approuvés par un éditeur. Mais bon, fonctionnant seule, il faut bien que je trouve un étalonnage pour juger de mes textes.


A qui confies-tu ton manuscrit en premier ?

Soit directement à un éditeur (personne à part moi ne l’a alors encore lu), soit à un ou deux primolecteurs (lorsque j’ai la chance d’en trouver de disponibles), pour qu’ils m’aident notamment à prendre la décision finale évoquée dans la question ci-dessus. Et jusqu’à présent, je dois dire qu’ils m’ont toujours poussée vers l’édition, même si je doutais des textes en question. Sachant qu’il est difficile de juger de ses propres écrits, je leur fais généralement confiance, et pour le moment, ils ont eu raison, puisque toutes les soumissions passées entre leurs mains se sont vues proposer une publication (alors que je doutais fortement de la pertinence de certains textes).


Un conseil pour quelqu’un qui décide de se lancer dans l’écriture ou l’auto-édition ?

Ne jamais se laisser décourager par la difficulté de percer dans ce métier. Il y a certes beaucoup d’appelés et peu d’élus, mais si c’est véritablement la passion d’écrire qui pousse la personne, et non pas seulement l’idée d’une compensation financière ou d’une renommée importante, il arrivera toujours à rencontrer des lecteurs qui apprécieront sincèrement ce qu’il fait. Et cela, ça n’a pas de prix.


Pourquoi le choix du thème de la Chine et de cette époque-là ?

Parce qu’entre moi et l’Asie c’est une histoire d’amour très intime. Et parce que l’époque me semblait coller à la perfection pour un historique mettant en scène un Européen et un Chinois. Avant, cela m’aurait obligé à tout un tas de circonvolutions pour rester crédible quant à la présence d’un Occidental sur le sol chinois et l’explication de son statut. Sans compter que comme dans tous les pays du monde, la perception de l’homosexualité différait d’une période à l’autre. Idem pour l’intervention de certains de mes personnages secondaires, et notamment de Meg.
J’ai aussi été guidé par une question pratique. Trouver de la documentation sur le XIXe siècle et notamment sur la période des guerres de l’Opium était beaucoup plus facile que de plonger trois siècles auparavant. Je rappelle que je ne suis pas sinologue, et que je ne lis malheureusement qu’en français, ce qui réduit d’autant l’étendue de mes recherches. Historiquement, et du fait de leur participation au conflit, ce moment a été relaté aussi bien par les pays occidentaux que la Chine, ce qui multipliait mes possibilités de trouver les informations qui m’intéressaient.


Qu’est-ce qui t’a inspiré l’incroyable personnage de Jonathan, sa double « nature » d’Occidental et de chinois, sa personnalité absolument fascinante ?

Heu… c’est une question piège ça. En fait je ne sais pas vraiment. L’histoire m’est venue un jour, et peu à peu, alors que je remplissais les blancs laissés par le maillage de mon plan général, les contours de la personnalité de Jonathan sont apparus. Mis à part le fait que j’aime les êtres complexes, un peu secrets, je dirais qu’il s’est imposé de lui-même.


D’où vient le mythe de Qinqiè Aiqin ? Est-il réel ou bien l’as-tu créé ?

Entièrement imaginé. Il me fallait trouver une légende et celle-ci s’est imposée d’elle-même. Au départ, le fait d’y mêler un dragon n’entrait même pas dans des considérations culturelles. Les dragons sont récurrents dans beaucoup de mes livres, même si ce n’est que pour être rapidement mentionnés. La légende me donnait la possibilité de lui accorder une place plus importante, et je l’ai utilisé.
 
 
Interview réalisée par #Aurélie.

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