jeudi 28 septembre 2017

[Interviews] Audrey Alwett

Née en 1982 en banlieue parisienne, Audrey Alwett développe son goût pour l'écriture dès l'école primaire en racontant des histoires à ses petits frères. Durant ses études littéraires, elle travaille dans diverses petites maisons d'édition et pour la PQR, mais les premières publications qui lui importent seront des nouvelles qui lui permettent de remporter quelques prix.C'est grâce à Lanfeust Mag qu'elle rejoint le monde des auteurs professionnels. Elle rallie le studio Gottferdom en 2007 pour faire de l'écriture son activité à plein temps. SinBad, co-scénarisé avec Arleston et dessiné par Alary chez Soleil, sera son premier titre. Une quarantaine de livres a suivi depuis, dont la série Princesse Sara vendue à 200 000 exemplaires.En 2015, elle monte le label BAD WOLF, qui devient une collection aux éditions Actusf l'année suivante. Elle y publie son roman de fantasy Les Poisons de Katharz.   



Audrey Alwett a eu l'amabilité de bien vouloir répondre à quelques questions qui j'espère vous aideront à découvrir ses univers.


Depuis combien de temps écris-tu ?
C'est difficile de répondre à cette question. En amateur, j'ai commencé avant même de savoir écrire, je dictais mes histoires à ma cousine. J'ai publié ma première nouvelle en anthologie à vingt ans. Et en professionnelle, cela fait dix ans tout rond que je vis de ma plume.


Est-ce ton premier livre, combien en as-tu écrit ?
Les Poisons de Katharz est mon premier vrai roman, mais pas mon premier livre. En tout, j'en ai écrit un peu plus de quarante, essentiellement des BD, mais aussi des contes pour enfants.


Quels sont tes auteurs et tes genres littéraires préférés?
J'aime à peu près tous les genres, exceptés les thrillers et polars très noirs, mais je crois que c'est surtout parce que la plupart du temps ils cultivent une grande misogynie qu'ils présentent comme la norme. En tant que lectrice, ça m'agresse  vraiment.
Sinon, j'avoue que je lis beaucoup, beaucoup de fantasy. Après avoir boudé son versant français pendant une grosse décennie, j'y reviens et je m'aperçois que j'ai raté pas mal de petits chefs d'oeuvre. Du coup, c'est parfait : j'ai beaucoup à rattraper.
Pour mes auteurs préférés, mon dieu est évidemment Terry Pratchett. J'aime énormément les livres de Christelle Dabos (La Passe Miroir) et je me suis découvert une passion récemment pour Clémentine Beauvais (Les Petites reines, quel chef-d'oeuvre ! Mais Songe à la douceur est magnifique aussi) quoique ce ne soit pas du tout de la fantasy. Régulièrement, je continue de lire Marie-Aude Murail, Carole Martinez et parfois Virginie Despentes quand je me sens assez solide pour encaisser. En fantasy française, j'aime, en dehors des auteurs présents chez BAD WOLF, Paul Beorn, Olivier Gay, Jeanne A-Debats, Karim Berrouka, Chloé Chevalier...


As-tu d’autres projets dans l’immédiat ?
Je travaille actuellement sur un très gros projet, Magic Charly, que j'espère développer en transmedia (BD, roman, dessin animé). C'est très ambitieux, je n'ai jamais fait ça. Donc, je ne sais pas trop si j'arriverai à trouver preneur mais ce qui est certain, c'est que ça dévore toute mon énergie en ce moment !


Penses-tu/Veux-tu te faire éditer un jour ou tiens-tu à t’auto-éditer pour garder plus de libertés sur tes écrits ?
J'avoue que j'ai un peu délaissé l'auto-édition depuis un an. Ça m'a passionné au moment où je l'ai fait, mais je me suis rendue compte que ça dévorait une bonne partie de mon temps en écriture. J'ai donc laissé mon premier mini-roman (Ma Vie en dessin) en vente sur Amazon, mais pour le reste, j'ai basculé chez un éditeur traditionnel, ActuSF. C'est beaucoup plus confortable et moins fatiguant. On se dispute un peu sur les couvertures, mais en dehors de ça, je n'ai pas du tout perdu en liberté. Donc, tout va bien.
Par ailleurs, j'avoue que la nouvelle politique d'Amazon vis à vis des auto-édités (indifférence à peu près totale) a pesé dans la balance.


Où puises-tu toutes ces idées ? D’où vient l’inspiration ?
Je ne vois pas du tout l'imagination comme quelque chose de mystérieux ou comme un don sacré mais plutôt comme un muscle. Partant de là, c'est un domaine dans lequel je me considère comme une bonne sportive. À force de pratiquer, les idées me viennent sans effort. En fait, on le sait bien, la difficulté n'est pas d'avoir une idée mais de savoir la choisir... entre toutes celles que nous aurons, quelle sera la bonne ? Parfois c'est un choix qui peut m'angoisser pendant des semaines.


Quand tu commences à écrire une histoire, la connais-tu en entier ou bien improvises-tu au fur et à mesure ?
J'ai arrêté d'improviser depuis longtemps. Mes histoires sont trop foisonnantes et je n'ai pas assez de mémoire pour que ça tienne debout à l'arrivée. J'envie les collègues capables de partir en roue libre ! De mon côté, je fais plusieurs plans avant de me lancer et je les améliore sans cesse en cours de route. En fait, je crois que c'est une formation qui me vient de la BD, mais j'ai tendance à surdécouper. Je fais toujours le plan d'une scène avant de me lancer et je place en rappel les idées ou les informations que je veux faire passer. Si j'ai choisi les bonnes idées, ça ne m'empêchera pas de l'enrichir encore à l'écriture. Si ce n'est pas le cas, eh bien il faudra de toute façon recommencer.


Combien de temps mets-tu pour écrire un livre ? Ecris-tu plusieurs heures par jour ?
Ça dépend, mais pour un roman, c'est huit mois environ. J'écris le troisième actuellement et j'espérais aller plus vite, mais la mise en place de l'imaginaire me dévore un temps pas possible. J'écris environ cinq heures par jour, le reste du temps je gère les à-côté du travail d'auteur : la paperasse (qui est légion dans ce métier), les dédicaces, les interviews et tutti quanti ! Et bien sûr, il y a mon travail de directrice de collection sur Bad Wolf qui prend un certain temps.


Comment procèdes-tu pour écrire un livre ?
D'abord je note mes idées en vrac dans des cahiers (j'ai plein, trop de cahiers, c'est un vrai désordre, toutes mes histoires sont mélangées, je ne suis pas du tout organisée). Je commence à dégager des personnages, un univers, une ligne d'intrigue. J'étoffe les uns avec les autres, je « patouille », je rejette des idées, je les reprends, etc. Après je commence à écrire toujours sur cahier ou sur feuilles volantes, et je reporte sur l'ordinateur tout en affinant une première fois. Ainsi de suite, jusqu'à la fin.


Où écris-tu ? As-tu besoin d’une certaine ambiance, de conditions de travail particulières?
J'écris principalement à deux endroits. Mon bureau est une petite pièce au Studio Gottferdom, un collectif d'artistes basé à Aix-en-Provence, qui est aussi le siège de Lanfeust Mag. Généralement, j'y passe toutes mes matinées et une soirée par semaine. L'après-midi, je vais souvent écrire au Coco Bohème, un charmant salon de thé, très étudiant, où j'ai mes habitudes et un arrangement avec le gérant. Ça me permet de me déconnecter de l'ordinateur et de reposer mes yeux qui sont fragilisés par trop d'années passées devant l'écran.


Quelle est la phase la plus difficile, dans l’écriture d’un roman ?
Pour moi, c'est incontestablement le début. Je passe un temps fou à tout mettre en place, à jeter des tas de scènes à la poubelle pour rajouter une idée ici, en supprimer une là, affiner un personnage. C'est un boulot d'équilibriste parfaitement épuisant. Mais réussir son début, c'est capital pour avoir une suite qui tient la route. Et de fait, quand j'ai enfin fini cette étape (qui dévore environ les trois quarts du temps global que je consacre à mon livre), la suite me vient presque facilement.


A qui confies-tu ton manuscrit en premier ?
C'est souvent ma formidable collègue et bêta-lectrice Isabelle Bauthian qui en hérite en premier. On est très complémentaires en écriture toutes les deux, on est donc très bien placées l'une et l'autre pour voir nos faiblesses mutuelles. Ainsi on a pris l'habitude de se rendre ce service à tour de rôle.


Un conseil pour quelqu’un qui décide de se lancer dans l’écriture ou l’auto-édition ?
Pour l'auto-édition, je dirais qu'il faut s'armer d'une solide énergie. Pour l'écriture... pareil, en fait ! Dans un cas comme dans l'autre, je pense qu'il faut se rapprocher de collègues, de gens qui partagent la même passion, le même intérêt. C'est le seul moyen d'acquérir rapidement les connaissances qui nous manquent et de faire des progrès.


Comment est née l’idée du label BAD WOLF ?
Bad Wolf est né le jour où je me suis aperçue qu'Isabelle Bauthian (Anasterry) et Christophe Arleston (Le Souper des Maléfices) étaient en train d'écrire un roman en même temps que moi. Comme l'auto-édition avait le vent en poupe, je leur ai proposé de tenter l'aventure sous un label où chacun resterait indépendant mais où on pourrait tous s'épauler. Ça a été fascinant et on a fait de belles ventes, mais on a toujours eu pour objectif de basculer chez un éditeur traditionnel dans un deuxième temps, histoire d'être présents en librairie. Bad Wolf est ainsi devenu une collection chez ActuSF, éditeur qui avait publié ma première nouvelle quatorze ans plus tôt !


Ton univers est à la fois original et très travaillé. Comment as-tu procédé pour le créer ?
Ça m'a pris des années. Maintenant, je vais plus vite, évidemment, mais de toute façon, il n'y a pas de secret. Il faut travailler chaque détail. Toujours être vigilant sur l'équilibre, organiser les détails autour de l'idée maîtresse pour la consolider et ne pas l'affaiblir. Je les monte un peu comme des pétales autour d'un pistil. La contrepartie, c'est que j'écris assez lentement.


Tu es également l’auteure de bandes dessinées à succès. Peux-tu nous dire quels sont les points communs et les différences entre l’écriture d’une bd et celle d’un roman ?
Dans les deux cas, je dirais qu'il faut de bons personnages et une solide structure. Le fait d'avoir réalisé autant de BD, et surtout ma série Princesse Sara qui dure depuis dix tomes, m'a donné un sérieux atout en terme de structure. C'est pour ça que pour Les Poisons de Katharz, je me suis permise de partir sur une structure en spirale qui est une des plus osées (contrairement à la structure linéaire ou en Y, par exemple, qui sont plus traditionnelles). Sans la BD qui a sérieusement étoffé mes compétences à ce niveau-là, je n'aurais pas pu me le permettre.


Y aura-t-il d’autres romans dans l’univers des Terres d’Airain ?

Il y en aura au moins trois. J'ai largement commencé le second, Les Trésors de Thalass, qui parle du prix de la vie humaine et de la violence des rapports de l'argent. Le tout, toujours avec humour bien entendu et avec du beurre aussi. Beaucoup de beurre.
Mais j'avoue que j'ai dû le mettre de côté pour me consacrer au projet Magic Charly qui a pris une grande envergure. Je reprendrai Les Trésors de Thalass cet été.
 
 
 
 
Interview réalisée par #Aurélie.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire