lundi 25 septembre 2017

[Films] Baisers Cachés

Baisers Cachés




Téléfilm français
Sortie: 
-au festival des créations télévisuelles de Luchon le 4 Février 2016
-à la télévision le 17 Mai 2017
en DVD le 3 Octobre 2017
Réalisateur: Didier Bivel
Avec Patrick Timsit, Bérenger Anceaux, Jules Houplain, Bruno Putzulu et Barabara Schulz
Genre: téléfilm dramatique traitant de l'homophobie; LGBT



Résumé:


Nouveau venu au lycée, Nathan, 16 ans, vit seul avec son père policier, Stéphane. Leurs rapports sont complices. Nathan est invité à une soirée où il flashe sur un garçon de sa classe. Ils se retrouvent à l’abri des regards et s’embrassent.

Mais quelqu’un les observe en cachette et publie la photo de leur baiser sur facebook : la rumeur se répand sur le net et provoque le scandale au lycée et dans les familles. Stéphane découvre l’homosexualité de son fils. Il est choqué et se détourne de Nathan. 

Au lycée, les élèves harcèlent Nathan et s’interrogent sur l’identité de l’autre garçon. Nathan, amoureux, refuse de révéler l’identité de son amoureux et fait front contre les moqueries et le violence. Pourra-t-il compter sur son père ? Et sur celui qu’il aime ?


Chronique d'Aurélie


Téléfilm français de qualité, Baisers Cachés nous parle d’un thème d’actualité de manière à la fois poignante et bouleversante. 20 ans après Pédale Douce, Patrick Timsit revient nous parler d’homosexualité à l’écran, pour notre plus grande émotion. Ce film est un film tout public, que j’ai pour ma part regardé avec mes enfants. Et qu’on se le dise, la violence des comportements homophobes les ont choqués, quand les baisers échangés, eux, leur ont semblé normaux et légitimes. Il est vrai que c’est comme ça qu’on pense chez nous, à tous âges : que ce soient un garçon et une fille, deux filles ou deux garçons, c’est la même chose. Alors forcément, eux comme moi nous sentons très concernés par le thème de l’homophobie. Une façon d’être multiple, qui reste incompréhensible à nos yeux.

Le thème est magistralement illustré dans ce téléfilm somme toute court, mais dense et intense. Il s’en passe des évènements, on en voit des réactions ! On passe par toutes les couleurs de l’arc-en-ciel, et l’histoire, les réactions ne peuvent laisser indifférent.

L’homophobie se décline ici sous toutes ses formes. Du manque de réaction face à des gestes violents, de l’homme qui « a plein d’amis homos » mais refuse ce qu’il appelle du « prosélytisme » (à savoir, faire venir une asso qui intervient en milieu scolaire pour informer les jeunes sur l’homosexualité et l’homophobie), à ce père qui s’éloigne et ne comprend pas, jusqu’à cet autre père qui séquestre son fils ou ces jeunes qui insultent et tabassent gratuitement Nathan, le jeune gay sur lequel la première partie de l’histoire est centrée. Des réactions qui, toutes, vous prennent aux tripes. Parce que l’indifférence et l’incompréhension aussi font des dommages terribles, et les comportements divers, des plus rentrés aux plus violents, ont été une terrible épreuve pour mes émotions. Je n’ai cessé de passer des larmes aux sourires, beaucoup de larmes, surtout, parce que c’est tellement dur de voir à quel point ce monde est intolérant. À quel point ces personnes qui réagissent de façon homophobe ne réalisent pas que c’est eux qui ont un problème.

« C’est à nous de changer, pas à lui. » Phrase terriblement juste et touchante de la mère de Louis, le second protagoniste gay de cette histoire. Et oui, ce film est aussi un film d’espoir. Comme le montre Stéphane, le père de Nathan qui va peu à peu évoluer, se remettre en question, réaliser à quel point il se fourvoie, à quel point ses réactions sont inappropriées et font du mal à son fils. À quel point il s’est menti à lui-même. « Je croyais être ouvert d’esprit. » Une phrase terrible, révélatrice d’un monde où l’on croit être ouvert… tant que l’on n’est pas concerné. Courageux, ce père solitaire va pourtant se battre contre lui-même, contre les préjugés, contre la société, pour apprendre à accepter et comprendre la différence de son fils. C’est émouvant au possible.

En parlant de courage, c’est l’un des ressorts de ce film, je dirais. Que ce soit Stéphane qui décide de se regarder en face et d’évoluer par amour pour son fils, ou justement Nathan, qui ne se cache pas et assume qui il est. Et surtout, cette prof lesbienne qui s’est toujours cachée et qui, suite aux violences subies par Nathan, décide de parler à ses élèves, de raconter son histoire… de sortir de l’ombre et d’épouser qui elle est au grand jour, et tant pis pour les conséquences. Parce que comme elle le dit si bien, elle a souffert du rejet et de la solitude, souffert de ne pas pouvoir être qui elle est à cause du regard et de la violence des autres. Et ça, elle ne le souhaite à personne.

A contrario de Nathan, Louis est l’image-même du gay refoulé qui cherche à oublier, à changer, pour ne pas faire face à ces terribles regards qu’on porterait sur lui si l’on apprenait la vérité à son sujet. Il a une copine, il se bat contre lui-même. « J’ai essayé ! ». Comme un cri du cœur face à cette fatalité qui l’a fait naître gay alors qu’il sait que sa famille, ses proches, ne l’accepteront pas tel qu’il est. Louis, c’est l’histoire tragique d’un ado dont le père, pervers narcissique en puissance, est un monstre d’égoïsme et d’intolérance. Franchement, mes enfants ont trouvé que cet homme mériterait de mourir. Bon, c’est un peu drastique, j’avoue, mais je crois que c’est l’exemple le plus frappant et le plus destructeur des ravages de l’homophobie. Il démolit son fils, casse son estime de lui-même, va jusqu’à le priver de tout contact avec sa famille, qui se doit de faire comme s’il n’existait pas, jusqu’à ce qu’il « change ». Qu’il « revienne sur le droit chemin ». Au fond, il est persuadé de « bien faire », de protéger son fils, mais c’est le véritable masque du monstre qu’il montre dans ce film. Qui va mener son épouse à réagir, quand elle était perdue (typique épouse d’un PN qui se laisse manipuler, en plus). Encore une personne courageuse, qui va faire ses justes choix, par amour pour son fils. Pas pour qu’il rentre dans le moule, non. Parce qu’elle l’aime, quoi qu’il advienne. Et qu’elle l’accepte tel qu’il est. La réalisation est terrible, les actes de Louis la poussent à réviser ses jugements, presque trop tard…

Baisers Cachés, c’est plus qu’un film. C’est un vrai message, poignant et douloureux, qui nous fait prendre conscience que notre monde a encore bien du chemin à faire avant de devenir tolérant et bienveillant. C’est un cri de souffrance, mais aussi un cri d’espoir. C’est une véritable information, presque un documentaire sur les ravages de l’homophobie, sur l’ignorance de gens qui ne comprennent simplement pas. C’est une invitation à se renseigner, à éduquer jeunes et moins jeunes, à réfléchir, à se remettre en question. C’est une histoire d’amour touchante et juste, pas seulement entre deux jeunes hommes, mais également, un vrai message d’amour et de compassion, d’entraide et d’acceptation. Un film à voir, et à diffuser auprès de toute la jeunesse…

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