samedi 16 septembre 2017

[Chronique] Otoko Geisha - Eva Justine

 Otoko Geisha - Eva Justine











Titre: Otoko Geisha
Auteure: Eva Justine
Éditions Milady Littérature
Genre: romance M/M, érotisme, BDSM léger


SERVICE PRESSE


Résumé:


Un homme geisha a-t-il le droit d’être amoureux ?
Élevé dans une maison des plaisirs, Mikio est un otoko geisha. Rompu aux arts de la sensualité, de l’écriture, du chant et de la conversation, il aspire plus que tout à s’élever dans la société nippone. Entrer au service du seigneur Akana Fujiwara no Akimitsu lui ouvre le chemin vers la reconnaissance. Mais il lui faudra se soumettre à tous ses désirs, même les plus vicieux. Pris au jeu de la soumission, le jeune homme apprendra à aimer et respecter cet étrange maître... jusqu’à ce qu’il fasse la rencontre de Kaori, le frère jumeau de son seigneur. Troublé au plus profond de son âme, Mikio suivra ses sentiments en un tracé sinueux.
Entre l’art de la vie japonaise au XVIIIe siècle, les délices d’un voyage au palais impérial, et les ravages d’un tremblement de terre, il affrontera avec honneur toutes les épreuves mises sur le chemin de son bonheur.


Biographie de l'auteure:


Avant de devenir auteure, Eva Justine était artiste peintre. Désormais, c’est sur des pages blanches qu’elle laisse libre cours à son imagination et prend plaisir à écrire des histoires sensuelles et sensibles. Chacun de ses romans est une invitation au voyage. Mariée, elle a deux fils et vit dans le sud-ouest de la France.


Chronique d'Aurélie

Tout d’abord, un immense merci à Eva Justine et à Milady Littérature pour ce service presse et toute cette gentillesse rencontrée. J’ai eu la chance de découvrir un peu plus Eva et de discuter un peu avec elle, c’est toujours très agréable de découvrir des auteures ouvertes et sympathiques !
Je sortais tout juste d’une lecture qui m’avait portée en mer de Chine quand j’ai eu vent du roman d’Eva. N’ayant aucune envie de quitter l’Asie où je me sentais si bien, j’ai démarré Otoko Geisha avec énormément de plaisir. Et là, je suis directement tombée dans la magie de ce livre. Pas une hésitation, pas un moment de flottement. En quelques mots, j’étais partie à Nara, au Japon, embarquée aux côtés de Mikio, avide de suivre ses pas et de voir comment il allait se sortir de sa première épreuve. Car l’histoire commence directement dans le vif du sujet, Mikio se rendant chez le seigneur Akana Fujiwara no Akimitsu pour y postuler en tant qu’otoko geisha, recommandé par sa précédente maitresse. 
Alors, je vous vois venir, certains se demandent ce qu’est un otoko geisha et si cela a bien un rapport avec les geisha que nous connaissons tous. Oui. Les otoko geisha ont disparu aujourd’hui mais ont longtemps eu leur place dans une société qui acceptait beaucoup mieux que notre culture, à la même époque, les relations entre hommes. Un otoko geisha, tout comme une geisha d’ailleurs (le terme signifiant « artiste » ou « celle/celui qui pratique les arts ») n’était pas un prostitué et n’avait pas pour obligation de donner son corps à son maitre, qui l’employait en général pour ses aptitudes pour les arts, pour la conversation et pour beaucoup d’autres capacités agréables. Cette notion est tout de suite narrée à travers le personnage de Mikio qui, répondant aux questions d’Akana, va nous expliquer sa façon de procéder. C’est donc un personnage volontairement « soumis » que nous découvrons et qui nous mène à une rencontre qui va changer sa vie : celle d’Akana. J’ai été très surprise par son entrée en jeu autant que par sa description, je ne sais pas pourquoi mais à la lecture du résumé je le percevais comme un seigneur cruel qui allait plier notre cher petit otoko. C’est au contraire un personnage sympathique, agréable et souriant que j’ai découvert avec grand plaisir. Certes, il a des pratiques un peu étranges, dont nous lirons les descriptions parfois avec amusement, parfois avec étonnement (il faut le dire, il est inventif ! Ce qui donne lieu à des scènes érotiques magnifiques et parfois troublantes), mais c’est finalement un homme bon, que nous apprenons à connaitre et à apprécier en même temps que Mikio.
L’écriture fluide et poétique d’Eva est sensuelle à souhait, on se laisse porter avec plaisir par les mots qui s’enchainent. L’univers japonais est très bien rendu, avec une foule de mots japonais pour qualifier objets et lieux qui, loin de nous perdre dans un flot de dénominations incompréhensibles, nous plongent tout à fait au cœur du monde que foule Mikio de ses pieds (chaussés de getas !). C’est donc un livre vivant, que nous avons là, dont les pages défilent à une vitesse prodigieuse, et qui nous entraine dans un voyage tout à fait dépaysant, sans pourtant nous donner l’impression d’être dépaysés : on a la sensation qu’il suffirait d’un geste pour sauter dans le livre et aller discuter avec Mikio, l’écouter chanter, le voir vibrer et sourire dans les bras puissants d’Akana.
Les titres des chapitres donnent plus d’ampleur encore à cette ambiance si prégnante et si plaisante. J’ai énormément aimé leur poésie (« fleur tombée ne retourne jamais à sa branche ») ou leur sagesse (« on apprend peu par la victoire mais beaucoup par la défaite »), ou parfois leur total exotisme (« les mots que l’on ne dit pas sont les fleurs du silence »). C’est pour moi un gros plus, que j’ai pris plaisir à lire à chaque fois comme une douce sentence, une estampe illustrant la magie d’un nouveau chapitre s’ouvrant tel une fleur à nos yeux émerveillés.
Vous l’avez compris je pense, j’ai énormément apprécié le personnage de Mikio. Paisible, discret, jovial mais docile, il est une touche de douceur et de poésie qui fait du bien au cœur. Il n’a pas une personnalité très prononcée, mais ce n’est pas parce que l’auteure n’a pas su le rendre vivant, au contraire. Il est ainsi, abandonné et préoccupé avant tout par le bien être des autres, et on s’en fait tout de suite un ami fidèle, un confident sur qui l’on sait qu’on peut compter. Pourtant, il se révèlera très persévérant et tout à fait capable de prendre seul ses propres décisions, montrant peu à peu une force de caractère qui surprendra tout le monde, et pas seulement le lecteur ! Mikio est aussi un doux rêveur, qui souhaite découvrir l’amour et vivre une vie paisible et heureuse aux côtés de l’homme qu’il aura choisi. Il aimerait quitter son rang d’otoko geisha pour devenir concubin, mais son but, loin d’être celui d’un homme imbu de pouvoir, est mu par le désir profond et sincère de vivre en harmonie totale avec un homme qui saura l’aimer et qu’il saura aimer. Vous vous en doutez, rien ne sera simple pour lui, et son objectif sera difficile à atteindre… s’il l’atteint jamais.
Akana est très différent de son otoko. Aimant et passionné, il n’en reste pas moins un total dominant, qui aime apprendre à ses amant(e)s l’art de la soumission. Il est on ne peut plus inventif, et m’a énormément amusée avec ses idées parfois complètement dingues. Mikio se soumet à lui non pas par crainte mais parce qu’Akana est un homme bon, joueur et possessif, mais aussi terriblement attractif. Aussi splendide que Mikio, leur beauté diffère énormément : l’otoko possède une apparence androgyne parfaite, et une silhouette frêle et mince, tandis qu’Akana est un guerrier, grand, viril, puissant et très masculin. C’est un beau contraste que nous avons là, qui forme un magnifique tableau séduisant et charmant. Akana est aussi extrêmement volage, et là, j’avoue, c’est le trait de caractère qui a nettement fait pencher la balance en sa défaveur. Tout du long du roman, on se demande sincèrement quels sont ses sentiments pour Mikio. Simple divertissement ou réel attachement ? Notre bel otoko se posera les mêmes questions, en découvrant quel genre d’homme est véritablement son maître… Il n’en reste pas moins un personnage qu’on apprécie énormément, qu’on apprend à aimer, même si on ne le comprend pas toujours.
Kaori, le jumeau d’Akana, arrive très rapidement dans le récit mais reste très effacé pendant toute la première partie de l’histoire. C’était assez fascinant et troublant de le découvrir, parfaite « copie » de son frère, du moins, physiquement. Il est très difficile de les différencier, et Mikio sera tout de suite captivé par ce jumeau splendide qui ne cache pas un seul instant son attirance immédiate et incontrôlable pour notre petit otoko. Kaori, si semblable à son frère, possède un tempérament fort différent. On apprend à le connaître plus en douceur, mais c’est là que je dis chapeau à la plume de l’auteure qui différencie immédiatement les deux caractères de ces personnages en donnant une place plus effacée à un Kaori qui, en effet, est beaucoup plus doux et attentionné que son aîné. On accroche immédiatement avec son personnage, on a envie de le découvrir plus avant, et je dois dire que cela a été frustrant de ne l’apercevoir que fugacement durant toute la première moitié de l’histoire. Frustrant… comme Mikio en est frustré. Comme Kaori lui-même est frustré, de ne pas pouvoir opérer un rapprochement plus intime avec ce jeune homme qu’il rêve de conquérir.
Une chose que j’ai trouvé fascinante, dans ce roman, c’est qu’il semble se dérouler de la même manière que la partie de go engagée entre les deux jumeaux qui se battent implicitement pour posséder Mikio. Un instant, les noirs semblent avoir le dessus, mais à ce moment-là, l’histoire bascule totalement et change de rythme. Une simple tricherie, et l’univers des trois protagonistes va tout à fait changer. Qui gagnera la partie de go et conquerra le cœur de Mikio ? Ce qui est incroyable, c’est qu’à ce moment-là, ce ne sont pas seulement les évènements qui sont bouleversés, mais le roman tout entier. L’histoire se fait plus précipitée, plus active, alors que dans la première partie, on coulait des jours heureux aux côtés de Mikio, dans la merveilleuse demeure d’Akana. Les personnages eux-mêmes évoluent et se révèlent en même temps que leurs buts et aspirations, voire même leurs sentiments, s’imposent à eux-mêmes. J’ai énormément aimé ce changement, le cours que l’histoire prend soudainement et qui va précipiter la conclusion. Une conclusion qui m’a d’ailleurs émue aux larmes, larmes de nostalgie autant que de joie, une note touchante que j’ai trouvée vraiment digne de ce livre fabuleux qui, pour moi, est un grand coup de cœur.
Je n’ai plus qu’une chose à ajouter : courez, volez, filez découvrir ce roman qui ne vous laissera pas indifférents ! Si vous aimez les beaux voyages, les histoires d’amour émouvantes, les personnages touchants, je ne peux que vous conseiller Otoko Geisha… Et si vous n’êtes pas des habitués de l’Asie et de ses merveilles, je pense que ce livre saura vous conquérir et vous donner envie d’en apprendre plus sur ces cultures fabuleuses, raffinées et codifiées, dont Eva nous retrace les merveilles avec brio.

Points positifs : l’univers japonais féodal est très bien retranscrit ; l’ambiance est à la fois douce et sensuelle ; beaucoup d’érotisme très bien dosé ; une romance magnifique abordant des thèmes originaux ; une très belle plume d’auteure.
Points négatifs : quelques fautes trouvées au fil des pages, peu gênantes toutefois ; un usage de la virgule qui m’a parfois troublée ; roman trop addictif qui vous empêche de dormir et vous laisse rêveurs une fois la lecture achevée ! ;-)
Note: 4,8/5 

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