vendredi 15 septembre 2017

[Chronique] Les Amants de la Mer de Chine - Ève Terrellon

 Les Amants de la Mer de Chine - Ève Terrellon










Titre: Les Amants de la Mer de Chine
Auteure: Ève Terrellon
Éditions Mix Éditions
Genre: romance M/M, roman historique sur fond de fantasy


SERVICE PRESSE


Résumé:


Shanghai, 1861
Dans une Chine ravagée par les guerres de l’Opium, Jonathan se retrouve livré à lui-même lorsque sa mère disparaît sans laisser de traces. Confié aux bons soins d’un orphelinat tenu par un couple de britanniques, c’est là qu’il fait la rencontre qui bouleversa sa vie.
À peine plus âgé que lui, Bao est le fils du joaillier le plus réputé de Shanghai. Celui-ci tombe immédiatement sous le charme des longs cheveux blonds et de la discrétion du jeune orphelin. Les années passant, cette amitié d’enfant se transforme en une passion d’une toute autre nature que rien ne démentira.
Mais en dépit de la bénédiction d’un mystérieux dieu et de ses guerriers dragons qui semblent veiller sur eux, secrets, tragédies et duperies n’auront de cesse de séparer les deux amants. Des palais de Shanghai jusqu’aux confins les plus reculés de la jungle chinoise, Bao et Jonathan devront apprendre à ne compter que sur eux-mêmes pour percer le secret de Qinqiè Aiqing. Et, pourquoi pas, enfin découvrir cette terre promise à ceux dont la société réprouve les amours ?


Biographie de l'auteure:


Installée depuis de nombreuses années dans le Centre de la France, Eve Terrellon a d'abord exercé dans le cadre de l'insertion professionnelle avant de créer sa petite entreprise de gardiennage d'animaux. Passionnée d'Histoire, mère et grand-mère, elle se consacre aujourd'hui pleinement à l'écriture en s'occupant de ses petits-enfants.
Auteur éclectique, ses romans parlent souvent d'amour sans pour autant s'inscrire dans le sens strict de la romance. Elle multiplie les incursions dans des genres aussi différents que l'historique, le fantastique, le noir, et le roman gay. Elle aime également développer des personnages à la psychologie tourmentée, évoluant au sein d'histoires souvent complexes.



Chronique d'Aurélie

Tout d’abord, je tiens à remercier infiniment Eve pour sa gentillesse et son accueil chaleureux, ainsi que Mix-Editions pour ce partenariat sympathique qui m’a permis de découvrir un petit bijou.

J’avais vraiment envie de me laisser porter dans ce voyage loin à l’Est du monde. J’aime l’Asie, et la Chine est un pays qui m’intrigue énormément. Ce que j’avais pu lire ou entendu dire des Amants m’avait d’avance conquise, et c’est donc avec enthousiasme et fébrilité que j’ai démarré cette lecture dès sa réception… Je ne regrette pas le périple accompli.
L’écriture d’Eve est un vrai bonheur pour les yeux et les oreilles. Chantante, poétique, lyrique mais non moins juste et précise, elle a su me transporter en Chine, aussi bien par des descriptions splendides que par ses ambiances très bien retranscrites. Je ne suis pas spécialisée dans la Chine du passé, mais j’en sais assez pour pouvoir affirmer que l’atmosphère posée dans ce roman est très juste et permet de véritablement se plonger dans l’histoire. L’auteure le précise dès le départ, elle ne se targue pas de connaître parfaitement cette époque et ce coin du monde, et prévient que malgré ses recherches approfondies, on pourrait découvrir des erreurs au passage. En ai-je aperçu ? Oui. Pour autant, rien qui ne gêne ni la lecture, ni le climat posé par une description d’une société très bien retracée socialement et historiquement parlant, ni l’ambiance magique que l’on ressent très nettement à la lecture de ce roman. Pour ma part, l’émerveillement était bien présent, l’ambiance fort juste, j’ai eu la sensation d’être complètement immergée, et j’ai adoré cette impression !

Je ne suis pas, comme vous le savez, vraiment fan de romans à la première personne. Comme il faut toujours des exceptions pour faire une règle, je peux affirmer sans rougir que ce choix-là ne m’a pas perturbée une seule seconde ! Peut-être grâce à l’écriture raffinée et délicieuse d’Eve, ou bien parce que cela collait parfaitement à l’ambiance choisie, en tous les cas, cette première personne m’a fait l’effet d’un journal de bord dans lequel, peu à peu, on entre, comme dans un film. Vous savez ? Ces films où l’on démarre sur un récit oral et où, soudain, on plonge dans les pages du cahier pour se retrouver dans un autre lieu, un autre temps. Je me suis laissé totalement prendre au jeu, et j’ai été tenue en haleine du début à la fin. D’ailleurs, sur les dix derniers chapitres, je n’ai plus été capable de m’arrêter tant c’était palpitant, tant j’étais engloutie dans l’histoire, à travers les mots de Jonathan.

Drôle de nom pour le héros d’un roman se déroulant dans la Chine du XIXème siècle, me direz-vous. Eh bien, une partie de mon coup de cœur est liée à ce personnage atypique qui ne cesse de nous surprendre et de nous séduire (même si parfois on a envie de le secouer, aussi ! Tant il est pris au jeu de ses propres émotions, nombreuses et qui, parfois, vont lui jouer de mauvais tours). Jonathan est né en Chine, mais il est d’origine galloise. Orphelin depuis le plus jeune âge, il a été éduqué dans le respect de la culture chinoise, dont il est tout à fait pétri. C’est donc un personnage très particulier aux yeux d’une société très divisée, entre les chinois pure souche et les occidentaux qui tentent de cohabiter en paix (parfois relative) après les guerres de l’opium et le traité de Pékin qui a vu l’empereur de Chine obligé de faire des concessions après sa défaite contre les occidentaux. Jonathan est blanc, il possède une chevelure blonde qui rappelle sa provenance mais qu’il porte longue et nattée ou relevée, selon la tradition chinoise. Ses yeux verts et son immense beauté ne laissent personne indifférent. Cultivé et parfaitement au fait des coutumes chinoises, il parle aussi bien l’anglais que le chinois, dont il connaît d’ailleurs plusieurs dialectes. Il est chinois, et pourtant, son physique ne lui permet pas d’être tout à fait accepté parmi ce peuple… Si c’était encore son seul « défaut » ! Malgré sa grande discrétion et son caractère solitaire et renfermé, Jonathan va rapidement devenir le plus grand scandale de tout Shanghai et faire parler de lui jusqu’en Occident… La raison ? Sa rencontre avec Bao, le fils d’un des bienfaiteurs de son orphelinat, pour qui il éprouve des sentiments profonds et inaliénables, qui lui sont retournés avec chaque jour plus de ferveur…

Bao est tout aussi énigmatique et fascinant que Jonathan. Aussi bel homme que lui, il est, lui, parfaitement chinois. Eduqué parmi les plus riches et les plus puissants, il se maîtrise parfaitement, en toutes circonstances (ou presque !). Maître dans l’art des manigances, c’est un personnage qui peut se montrer manipulateur, mais qui, toujours, restera la douceur et la tendresse incarnée pour sa petite « fleur sauvage » qui lui est si précieuse. Bao ne cesse d’entourer Jonathan d’amour, de mots poétiques et de gâteries, ce qui va donner une double dynamique à leur relation. D’une part, cette tendresse est touchante, donnant à leur passion une dimension infiniment émouvante, que l’on sait apprécier à sa juste valeur. D’autre part, comme l’on suit le point de vue de Jonathan, on ne peut parfois que se demander s’il le protège ou s’il se protège lui-même, quitte à mentir ou à éluder des sujets qui pourraient faire tourner la beauté d’un amour si pur en orages à venir…

Cet amour, il est placé sous la protection d’un dieu ancien, Qinqiè Aiqing, dragon ayant pris l’apparence humaine, protecteur des amours impossibles. Du moins, c’est ce qu’en dit la légende, ce que croit Jonathan, dur comme fer. Doux rêveur, le jeune homme est persuadé que le mythe est réel, et que la terre promise dans la légende existe pour de vrai. Mais le monde est bien cruel, et l’esprit idéaliste et utopiste d’un homme tel que lui pourrait ne pas survivre à sa dangerosité et aux déceptions qu’il rencontrera nécessairement sur son chemin… L’amour, la tendresse, la complicité n’ont pas cours dans une société figée et pétrie de manigances. La beauté de la relation qu’entretiennent Jonathan et Bao, qui saura la percevoir ? Sauront-ils garder leur fraicheur, leurs croyances et leur foi en un dragon qui leur a promis le Paradis mais ne semble leur offrir que souffrances et épreuves ? Pourront-ils tenir la promesse qu’ils se sont faite, enfants, celle de ne jamais être séparés l’un de l’autre ?

La tension qui règne dans cette histoire est assez fabuleuse. Le ton poétique et le point de vue très interne du roman lui donnent une immense douceur, mais la pression ne cesse de grandir, et ce jusqu’aux dernières pages ! On vogue de surprise en surprise. Déjà, je ne m’attendais pas à la facilité avec laquelle s’engage la relation entre Jonathan et Bao, mais cet élément est aussi capital que central, puisqu’il permet à une immense toile d’intrigues de se tisser autour des deux héros. Et des intrigues, je peux vous dire qu’il y en a ! Des questions, on s’en pose des milliers, avec Jonathan. Son passé trouble, la gentillesse de monsieur Jiang, le père de Bao, les tribulations de ce dernier à la Cité Interdite, le caractère étrange et suspicieux de John Bristol, archéologue soi-disant à la recherche d’anciens trésors… Eve dénoue peu à peu ces mystères avec le raffinement de la culture chinoise, nous permettant de plus encore nous plonger dans la beauté teintée d’orgueil et de duplicité hypocrite d’une tradition qui se joue des hommes comme l’on pose ses pions sur un plateau de go. Selon la stratégie employée, on peut tout perdre, ou tout gagner… Et au vu des joueurs qu’ils doivent affronter, Jonathan et Bao ne sont pas au bout de leurs efforts… ni de leurs douloureuses surprises.

Pas d’érotisme dans ce roman, mais une sensualité teintée de poésie qui possède à elle seule un petit goût bien oriental. J’ai beaucoup aimé les descriptions de nos deux héros, de leurs tenues, de leurs bijoux, de leurs coiffures, tout autant que la découverte du monde intérieur, si complexe, de Jonathan. Ce personnage a une façon de penser unique, doux croisement d’orientalisme et d’occidentalisme. En bon peintre qu’il est, la palette de ses émotions est colorée et parfois surprenante, mais ce savant mélange est un des grands charmes de ce livre.

J’ai beaucoup centré mes paroles sur Jonathan et Bao, mais ce roman est également riche en autres personnages. Parfois d’abord sympathiques pour s’avérer par la suite cruels et sans pitié, d’autres fois de prime abord renfermés ou désagréables pour se montrer finalement des aides précieuses, des soutiens imprévus, des alliés étonnants. Ils constituent une partie de la toile de fond dans laquelle Jonathan et Bao se débattent pour atteindre un bonheur qui leur parait parfois accessible, parfois inaccessible. Ces personnages sont très bien peints, même s’ils restent généralement en arrière-fond, simplement parce que Jonathan dresse sans cesse des barrières impénétrables entre lui et le reste du monde. Seul Bao est mis sur un piédestal. Contrairement à ces humains que Jonathan fuit plus ou moins, les paysages et décors, eux, sont rendus avec un réalisme aussi foudroyant que le lyrisme avec lesquels ils sont décrits. Peintre, Jonathan nous retranscrit cet univers de l’œil d’un artiste, tel des estampes un peu magiques qui nous font nous plonger avec délice dans un univers très oriental.

Autre grand plus de ce roman, le côté mystère, légende, secret, à la limite de la fantasy. On ne peut à proprement parler estimer que la magie est bien réelle dans ce monde qu’Eve nous décrit. Avec Jonathan, on doute, les preuves en sont réfutables, explicables rationnellement. Aucun élément ne vient rompre le délicat équilibre entre réalisme et merveilleux. Je penche pour ma part pour imaginer que Qinqiè Aiqing est bien réel, et que la magie qui sous-tend cette histoire est bel et bien part de la légende. Cependant, libre à chacun de se faire sa propre opinion à ce sujet, les lectures de ce roman sont, je le crois, multiples, et je pense qu’à présent que je connais le fin mot de l’histoire, je relirai très différemment ce livre… ce que je ferai, d’ailleurs, car pour moi, Les Amants est un véritable coup de cœur !

Je vous laisse découvrir par vous-mêmes la beauté féerique d’un roman qui ne vous laissera, je le crois, pas indifférents. Je vous invite à plonger dans ses pages comme on plonge dans un voyage en terres inconnues… Et je vous laisse en contempler un infime éclat avec cet extrait qui me touche beaucoup…

« — Bao, tout ce que je veux, c’est toi.
— Et tu me possèdes déjà, répondit-il en me couvant d’un regard passionné. Ce cadeau te paraît déraisonnable. En fait, ce n’est qu’un geste très égoïste. J’avais besoin de marquer tes quatorze ans. Pour te prouver combien je t’aime, à défaut de te le montrer d’une autre manière. Je rêve du jour où je t’allongerai dans des draps de soie, mais tu es encore trop jeune. Je te cajole simplement d’une façon différente. »

Points positifs : un univers oriental très bien retranscrit, qui vous plonge tout à fait dans un voyage en terre de Chine ; de magnifiques personnages attachants ; une romance émouvante et remplie de rebonds ; des décors, paysages et costumes à vous couper le souffle.
Points négatifs : quelques fautes trouvées au fil des pages, peu gênantes toutefois ; une ou deux incohérences concernant la Chine qui ne troublent pourtant pas la lecture.
Note: 4,8/5

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