dimanche 17 septembre 2017

[Chronique] La Couleur de l'Enfer - Tan Hagmann

 La Couleur de l'Enfer - Tan Hagmann














Titre: La Couleur de l'Enfer (Bi Live in Me tome 2, trilogie)
Auteure: Tan Hagmann
Éditions Textes Gais
Genre: romance M/M, érotisme


SERVICE PRESSE


Résumé:



​Le mannequin danois Kris Jorgensen a désormais le vent en poupe, mais il est partagé entre deux désirs : vivre au grand jour avec l’homme qu’il aime et avoir des enfants. Son espoir de paternité n’est pas inaccessible car, pour des raisons d’image, son employeur l’a contraint à prendre épouse.
Comment faire pour aller au bout de ses rêves et concilier épanouissement personnel et réussite professionnelle ?

Biographie de l'auteure:


Tan Hagmann est un auteur de langue française, né en 1962, qui vit à Paris et travaille dans une école de jazz.
Son premier roman « Sage comme une image », paru aux Éditions Textes Gais en novembre 2014, conte l'histoire de la relation sulfureuse qu’entretient un très jeune homme amoureux des livres avec son écrivain favori.
Dans les deux romans suivants publiés chez le même éditeur, l’un en juillet 2015 et l’autre en mars 2016, l'auteur renoue avec un univers qui lui est cher : celui de la musique. « Bi live in me » et « La Couleur de l’Enfer » constituent les 2 premiers volets d’une trilogie dont le dernier est à paraître fin 2016.



Chronique d'Aurélie

Attention ! Ce roman étant la suite directe de « Bi Live in Me » et la suite indirecte de « Sage comme une image » (qui est un préquel à cette série), cette chronique peut comporter des spoilers pour les tomes précédents !

Après avoir achevé « Bi Live in Me », je me suis jetée sur ce second opus d’une série déjà très prometteuse. Heureusement, je l’avais déjà chargé sur ma liseuse, j’ai donc pu le commencer derechef. Encore un tome que j’ai dévoré et, en train d’écrire cette chronique, je trépigne en attendant la suite !
Il faut le dire, ce volume est d’une intensité presque insoutenable ! Si je devais trouver un mot pour le caractériser, je dirais qu’il a une saveur de fin du monde. « La Couleur de l’Enfer », titre tout trouvé pour décrire l’ambiance de cet opus, post-apocalyptique ou presque.

D’abord, je dois saluer le talent de Tan qui nous pose des ambiances d’un réalisme juste foudroyant. J’ai déjà utilisé le mot « cru » pour parler du style de Tan, et je pense que c’est le mot juste. Pas cru dans des mots vulgaires ou gênants, cru dans le réalisme d’un univers d’une violence inouïe. Une violence qui n’est pas vraiment physique (encore que, dans ce tome, il faut s’attendre à tout ! ^^), mais plutôt psychique et sociétale. Le monde que Tan décrit n’est pas le nôtre. C’est l’univers des stars, des artistes connus et des peoples de notre société. Un monde à part, qui parait briller, de l’extérieur, mais dont Tan retrace tous les travers, tous les dangers… toutes les névroses.

Ce tome est beaucoup plus sombre que le précédent, et pour cause. Je ne peux, sans révéler l’intrigue, creuser dans l’infernal cycle des évènements qui se déroulent dans cet opus, mais je peux vous le dire, moi, j’ai été choquée, bouleversée… à bout de souffle.
L’univers abominablement difficile des tops modèles avait déjà été bien abordé dans le tome précédent, entre lumières des flashs et éclats des dents des requins qui vous attendent au détour pour vous évincer d’un revers de mains et d’un sourire froid et calculateur. On a pu suivre Kristian à travers les propres méandres de son univers intérieur, en lutte contre le monde, en lutte contre lui-même, conscient des enjeux qui lui forcent sans cesse la main. Alors que Kri ne souhaite que vivre le bonheur aux côtés d’Andréa, ce musicien angélique qui peuple sa vie de soleil, son mariage avec Aude le déchire en deux. C’est que, d’une part, Kri aimerait tellement avoir un enfant, et d’autre part, bien que ce ne soit qu’un mariage de complaisance, il finit (on finit !) par s’attacher tout de même un peu à Aude, plus complice qu’épouse…

Aude, qui prend une autre dimension dans ce roman. Elle passe au premier plan, et ma foi… c’est une belle et douloureuse découverte que cette jeune femme qui rêve d’amour et de liberté, de passion et de légèreté, mais qui provient d’une de ces familles nobles telles qu’il en reste dans notre bonne vieille France, de nos jours encore. Ces familles qui vivent dans un autre monde, presque une autre époque. Un univers de paraitre, de conventions sociales, où l’argent, l’image, l’héritage ont plus de valeur que tous les bonheurs du monde. Avec Aude et Effel, on découvre à quel point il est insupportable d’appartenir à une société figée et sans âme, et ma foi, la découverte est douloureuse… Très franchement, l’univers peint par Tan donne la nausée, c’est poignant, tellement que la dernière partie de ce roman m’a semblée presque intolérable, passionnante, touchante, émouvante… J’avoue que j’ai trouvé ce tome vraiment dur. Je dis cela en positif, j’ai adoré, mais mon petit cœur trop sensible a souffert, ô combien !!

Autre milieu que l’on découvre plus dans ce tome, les dessous des milieux artistiques de premier plan, avec la tournée musicale d’Andréa. On a découvert la musique dans sa plus belle pureté, la vibrance émotionnelle que lui donne notre cher Déa, son âme qu’il livre à travers ses notes vibrantes. Une âme d’ange, cet Andréa, tellement différente de ce que le monde alentour lui offre, il reste identique à lui-même, perché dans ce monde que seuls les vrais cœurs d’artistes peuvent atteindre, intouchables et trop beaux pour être vrais. C’est ce que j’adore, chez Andréa, son entièreté, son innocence, sa candeur, qui cachent, certes, bien des troubles, mais qui transcendent tout, à travers sa passion pour la musique. Kri devenu sa muse, ses émotions sont plus fortes que jamais, ses notes s’égrainent plus puissantes, plus touchantes, plus vraies encore, à travers le jazz, qui est très certainement la musique la plus proche de l’âme que l’on puisse trouver. Mais dans ce tome, au-delà de cette exploration des sentiments et émotions d’Andréa, on se frotte au monde des musicos, et c’est beaucoup moins joli… Tout comme celui des tops models et autres stars, ce sont des univers proches de l’enfer… Une porte grande ouverte vers un aller sans retour dans les tréfonds d’un gouffre sans fin. Pour moi, c’est la description très réaliste et éclairée de ces univers abyssaux qui m’a donné cette sensation d’avoir face à moi un style cru et acéré, qui montre ce que l’on cache habituellement à coups de paillettes, et c’est vraiment bouleversant.

Mais là où Tan excelle particulièrement, c’est dans la description des émotions de ses personnages tous plus torturés les uns que les autres. Des personnalités entières, qui, d’une certaine manière, possèdent une forme de pureté, étoile presque inextinguible qui a soif de se nourrir à la source-même de la vie, qui cherche le bonheur comme un homme égaré dans le désert cherche désespérément une oasis où se désaltérer… Le trouveront-ils, ce bonheur qui leur échappe, que leur monde leur interdit, alors que tous se dressent pour les en priver ? Et à quel prix sera-t-il évalué, ce bonheur, dans cet univers où tout se paie ? Dans ce volume, on plongera plus profondément dans les émotions d’Andréa, qu’on découvre sacrément amoché par la vie (pas qu’on s’en doutait pas, vu le personnage… ;-) ). Entre douleur, compassion et incompréhension, on suit le cheminement intérieur de cet homme à l’intensité unique, taillé sur mesure pour Kristian, qui se débat autant que son amant pour trouver la paix de l’âme, que seule son étoile, sa muse, semble être à même de lui offrir…

Sujet central de cet opus, le manque. Le manque, qui, comme une drogue, s’insinue en vous, fait exploser votre monde intérieur, entre violence et douleur, le manque qui ne demande qu’à être comblé pour ne pas sombrer… Chacun à sa manière tentera de se débarrasser de cette souffrance qui accompagne le manque, mais pourtant, aucun ne semble jamais remettre en question la force, la puissance de ce manque qui fait vibrer si fort, qui donne, enfin, la sensation de vivre. Ils semblent savoir, comprendre que rien ne pourra les satisfaire d’autre que de transcender ce manque à travers l’Amour, la réalisation de ce désir fou qui fait trembler chacune de leurs cellules et transforme la totalité de leur être en un volcan bouillant et infernal. C’est comme une évidence, en fait. Ils se savent morcelés, torturés, brisés par la vie, et ils savent que seule l’addiction à l’autre peut encore les sauver de leur propre enfer intérieur… Mais parviendront-ils à déchirer les lambeaux de leur existence main dans la main et à reconstruire ensemble le champ de ruines de leur propre vie ? C’est une question que je me suis franchement posée à travers tout cet opus où espoir et désespoir s’entredéchirent jusqu’à l’apothéose finale qui m’a bouleversée au-delà des mots… Impossible, après un tome pareil, d’avoir la moindre idée de ce qui va arriver à nos chers anges déchus dans le volume suivant…

La plume de l’auteure s’est nettement affinée, dans cet opus, et les quelques difficultés que j’ai pu parfois avoir dans les tomes précédents sont déjà un lointain passé. En précisant son style, Tan le rend plus acéré, rendant mieux encore ce monde de déchéance et de folles illusions qu’elle nous dépeint avec tant de virtuosité. Un passage, pour moi, en me touchant particulièrement, résume parfaitement l’ambiance de ce roman à la saveur très crépusculaire : « L’espoir, étrangement, reste le dernier refuge des vrais désespérés. Ceux dont les rêves sont devenus trop grands pour s’accomplir dans une vie terrestre. Ne demeurait alors que la volonté d’en finir… Et d’arrêter de souffrir. »

Une série de romans à découvrir, vraiment.


Où vous le procurer ?

-au format numérique sur Amazon
-au format papier aux Mots à la bouche : http://motsbouche.com/fr/livres/25989-la-couleur-de-l-enfer-9791029401367.html


Points positifs : des personnages toujours aussi travaillés et bien trop attachants, avec lesquels on ne peut que souffrir et vibrer ! Un univers si réaliste, qu’il en est violent émotionnellement, la description des dessous d’un monde qui se cache derrière des paillettes, réalisé avec brio. Une intrigue romanesque très bien menée et horriblement touchante. 
Points négatifs : une apparition d’un personnage du passé qui n’a pas été approfondie, mais qui le sera peut-être dans le tome suivant ! Sinon, pas trouvés !
Note: 4,5/5 

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