vendredi 29 septembre 2017

[Chronique] J'existe - Elea Cain

J'existe - Elea Cain




Titre: J'existe
Auteure: Elea Cain
Mix Éditions 
Genre: romance M/M



SERVICE PRESSE


Résumé:


Jehan McBride a renoncé à beaucoup de ses rêves pour pouvoir adopter Jacy, le fils de son meilleur ami défunt. Le bambin demeure le seul éclat de joie dans la grisaille d'un quotidien qui persiste à l’étouffer. À chaque décision, ses conséquences. La vie s'est chargée d'enseigner cette leçon à Jehan. Prisonnier de ses peurs et bloqué dans l’illusion d’une vie parfaite aux côtés de son compagnon, il se sent comme un oiseau dans sa belle cage dorée.



Chronique d'Aurélie


Tout d’abord un grand merci à Mix Editions pour ce service presse qui fut une vraie belle découverte…

Le résumé de ce roman m’a fortement interpelée. Je ne saurais dire exactement pour quelle raison, mais je savais que cette histoire serait aussi dure que touchante. Et en effet, je n’ai pas été déçue, loin de là. Les thèmes évoqués sont difficiles, et je dois avouer en avoir été particulièrement troublée, autant parce que j’ai pu vivre certaines des choses que traverse Jehan, et parce qu’une amie très chère a également traversé pas mal de ces difficultés que doit affronter notre héros. Autant dire que j’ai vibré avec ce livre, vraiment intensément. Des fois, j’avais la sensation de me faire du mal en le lisant, mais je n’ai jamais douté que ce que cela pouvait faire vibrer en moi était porteur, peut-être même libérateur.

Parce que comme le titre l’indique, J’existe est un roman qui nous parle d’espoir. Dans l’obscurité d’une vie qui ressemble à un trou sans fin, aux côtés d’un personnage qui se sent peu à peu étouffer et mourir de l’intérieur, qui ne sait même plus pourquoi il se bat, au fond… A-t-il raison de se battre ? Contre qui, contre quoi ? Jehan est un personnage qui m’a tout de suite parlé. Au début, tout est mis en place pour qu’on ait la sensation que c’était lui qui n’allait pas, que le monde autour de lui tournait rond, que sa vie était (aurait dû être !) parfaite, et qu’il ne savait juste pas s’en contenter. Qu’il se débattait contre les ombres d’un passé révolu, et qu’il avait tort. Parce que oui, c’est ce qu’en pense son entourage. Jehan a tort de ne pas aller bien. Pour moi, ça partait très fort. Parce que cet homme qui doute, qui vacille, qui n’a plus goût à rien, je l’ai eu dans les tripes immédiatement. D’autres auraient pu imaginer qu’en effet, ses problèmes n’en étaient pas, c’est ce qu’il semble à tout le monde, au départ, mais l’on perçoit au fond que le problème de Jehan n’est pas lié seulement à la mort de ses meilleurs amis. Sa vie tout entière a été bouleversée, ce jour-là, certes. Il est devenu le père adoptif de leur fils de 6 mois, Jacy. Il a cessé activités, études, travail pour pouvoir s’occuper de Jacy. Mais son problème ne vient pas seulement de ses sacrifices. Et l’on ressent comme une vague nausée à voir son entourage le juger sans comprendre sa situation… le détruire un peu plus qu’il ne l’est, au final.

Peu à peu, on découvre que, si Jehan s’est en partie coupé les ailes pour envisager une vie telle qu’il l’imaginait parfaite pour Jacy, il est avant tout la victime d’un pervers narcissique en puissance. Un personnage qui fait froid dans le dos, et qui, personnellement, m’a bouleversée. Il est bien campé, ce personnage, terriblement bien décrit, et réaliste. Et peu à peu, alors qu’on apprend à le cerner, on comprend que Jehan souffre d’un terrible mal : il ne s’est pas tant coupé les ailes lui-même, au fond ; on les lui a brisées.

J’existe, c’est l’histoire d’une prise de conscience, lente et douloureuse, de choix difficiles à accomplir, de troubles qui émergent. Devenir agoraphobe après avoir tant traversé semble être une bien dure « punition », pour Jehan. Pourtant, je dirais qu’à mes yeux, ça a été non seulement l’élément déclencheur d’un changement de vie à envisager, mais aussi, une manière pour Jehan de se prouver qu’il existe bel et bien. Étouffer si physiquement, c’est comme un phare dans la nuit, une sonnette d’alarme qui se tire. C’est aussi s’apercevoir qu’il n’est pas tout à fait mort. Que oui, il a trop d’émotions refoulées. Trop de souffrances. Trop de peurs. De son point de vue, il est évidemment accablé par ce poids qui pèse sur lui et qu’il ne comprend pas. Un poids qui ne va pas l’aider à réapprendre à vivre pour lui-même, puisqu’à la moindre situation anxiogène (et quand on a traversé ce qu’il a traversé, elles sont nombreuses !), il perd contenance et fait une crise d’angoisse. Mais Jehan, s’il l’ignore encore, est, au fond, un battant. Un homme volontaire et courageux, même s’il se croit faible et lâche. Un homme qui a traversé l’enfer, et qui a décidé d’en sortir. De lutter pour avoir le droit de se sentir à nouveau exister.

Plus encore, Jehan est un personnage qui se remet en question. Trop, parfois, ce qui fait de lui un homme peu sûr de lui, qui a trop tendance à prendre sur lui des erreurs qui ne lui appartiennent pas. Il faut le dire, vivre avec un PN, ça a de quoi vous casser et vous détruire toute forme de self-estime. Vous donner la sensation d’être coupable. De quoi ? Eh bien, d’à peu près tout, en fait… Et c’est tout à fait la sensation que donne Jehan. Il se sent coupable. Coupable de la vie qu’il mène à présent. Coupable de la situation qui a dérapé. Coupable de la mort de ses amis. Coupable de chaque faux pas qu’il accomplit. Mais Jehan a une lumière dans sa vie, et cette lumière, c’est Jacy. Le seul être capable de faire fondre son cœur, d’abattre toutes ses protections, de lui donner envie de continuer à avancer. Parce que cet enfant au cœur pur mérite le meilleur. Même s’il n’a pas la sensation de le lui donner, pour lui, il avance. Pour lui, il est prêt à changer de vie. A renaître, même, peut-être…

Jacy, c’est vraiment un petit garçon qu’on apprécie de côtoyer et de suivre au fil des pages. Certes, il a lui aussi bien des difficultés, il a perdu ses parents, et ses traumatismes sont nombreux. Mais c’est avant tout une boule d’énergie, un condensé de sourire et de bonne humeur, une bulle d’amour qui illumine la vie de Jehan. Avec lui, tendresse et émotion ne peuvent pas ne pas être présentes. On l’aime, ce petit bout d’homme, si pur, si loyal, si simple et si complexe à la fois. Il a ses peurs d’enfant, mais aussi ses joies si innocentes, ses combats à gagner, ses questionnements… Il apporte énormément à Jehan. Et sa présence au fil de l’histoire est vite devenue indispensable, comme elle l’est dans l’existence de Jehan…

Et puis, il y a Sean. Cet homme souriant mais rempli de blessures, lui aussi, qui apparait dans sa vie et la bouleverse de fond en comble. Sean, l’irlandais un peu poète, souvent drôle, aussi. Sexy, curieux, les pieds sur terre, tellement attachant. On ne comprend pas toujours ses réactions (d’ailleurs les bonus du point de vue de Sean, à la fin, sont vraiment les bienvenus et une très bonne idée !), parfois on a aussi envie de le baffer. Parce que lui aussi est humain, et s’il cache ses propres blessures derrière son sourire, il vacille et balbutie aussi. Il doute et il a peur. Pas toujours facile de côtoyer un Jehan, en même temps, c’est sûr… Il en faut du courage et de la confiance, de la patience et de l’écoute, pour percer les barrières de notre héros et le comprendre… Mais il sait, il sent que Jehan en vaut le coup, et c’est certain que celui-ci est un homme exceptionnel… à qui il faut réapprendre à voler. Sean fait aussi des choix parfois cruels. L’un d’eux m’a donné à réfléchir, je ne l’ai pas vraiment compris, mais il a pourtant permis à Jehan de finalement prendre cet envol qu’on espérait, alors c’est pour le mieux, dirons-nous.

Il y a eu parfois des passages temporels un peu embrouillés, c’est sans doute la seule chose que j’aurais à reprocher à cette histoire. Le temps passe trop vite, les mois défilent de manière un peu chaotique, par moments. Assez illogiques parfois, comme quand Jehan affirme qu’il ne connait pas Sean depuis longtemps alors que, si j’ai bien suivi, il y a près d’un an et demi qui a passé. Et aussi, à travers cette vaste temporalité, on ne sent pas trop que Jacy grandit, alors qu’il doit se dérouler environ 2 ans/2 ans et demi au cours du roman, et que donc, s’il a 4 ans au départ, il en a presque 7 à la fin, ce qui fait un grand laps de temps pour un si petit enfant. Cette temporalité nous donne donc quelques incohérences, ceci dit on est tellement pris dans les émotions de Jehan, au fil des pages, que ça n’a pas gêné ma lecture outre mesure.

En tous les cas, j’ai réellement dévoré ce livre. Je n’ai cessé d’en parler autour de moi, d’avouer que certains passages (en fait, toute la première moitié je dirais !) m’arrachait un peu le cœur, mais je dois le dire, je me suis régalée. Et j’ai vraiment savouré cette histoire en demies teintes, dont les émotions et troubles psychiques sont vraiment très réalistes et poignants. J’en aurais presque pleuré, parfois. Le passage très violent de la crise de Gregory, qui va achever de transformer la situation, particulièrement, m’a prise aux tripes. Mais, quelque part, toutes ces émotions, toute cette souffrance qu’on vit avec Jehan au fil des pages, ont eu, d’une certaine manière, un effet libérateur. Parce qu’à avancer avec un cassé de la vie, on ose peu à peu espérer. Y croire. Vibrer à nouveau. Déployer ses ailes. Exister.




Points positifs : une écriture fluide et poignante ; des émotions très bien retranscrites ; les sujets des troubles psychiques (PN, agoraphobie, crises d’angoisse, etc) sont très bien traités ; des personnages vibrants et attachants.


Points négatifs : quelques incohérences au niveau de la temporalité.


Note: 4,7/5 

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