lundi 18 septembre 2017

[Chronique] Aux Petites Heures de la Nuit - Flo Renard

 Aux Petites Heures de la Nuit - Flo Renard









Titre: Aux Petites Heures de la Nuit
Auteure: Flo Renard
Auto-Édition
Genre: romance M/M, fantastique



Résumé:


À dix-sept ans, Benjamin, violoniste talentueux, ambitionne de devenir instrumentiste quand un accident de la route vient briser tout net ses espérances. Devenu paraplégique, il doit réapprendre à vivre sans ses jambes et faire face aux contraintes de son nouvel état. 
C'est aux Épicéas, un centre de rééducation de la banlieue grenobloise, que Benjamin fait la connaissance d'Élise, une adolescente dynamique, et de Léopold, jeune homme à l'humour cynique, deux patients aussi malmenés que lui par la vie. Grâce à l'amitié de la première et l'amour du second, mais aussi la musique, Benjamin entame son long chemin vers la guérison. Alors qu'il recommence à prendre goût à l'existence, d'étranges phénomènes se produisent, qui menacent de le faire basculer dans la folie... Au-delà d'une romance entre deux garçons, Aux petites heures de la nuit est le récit d'une reconstruction, teintée de mystère, d'humour et, bien sûr, de musique.

Biographie de l'auteure:


Habite à Marseille et travaille dans une bibliothèque universitaire. Aime la lecture, classique et contemporaine, et s'évade aussi bien au fil des pages cornées d'un vieux bouquin que l'écran d'une liseuse. Aime le vent et déteste la pluie. S'est mis à la course à pied depuis peu et ambitionne de courir un jour le Marseille-Cassis. Adore le chocolat, le vrai, le bon, le raffiné, et voit la Belgique comme une terre de fantasmes. Cohabite avec un chien encore plus fainéant et hédoniste qu'un chat. Remercie très chaleureusement Myriam, Anne et Estelle pour leur relecture et leurs conseils avisés. Vous souhaite une bonne visite sur ce site et espère que vous apprécierez son histoire ! 
Twitter de l'auteure: https://twitter.com/florenard13 



Chronique d'Aurélie

​​J’ai découvert « Aux Petites Heures de la nuit » par conseil lecture, et j’ai été assez intriguée par la couverture, la thématique, et évidemment la romance M/M, dont l’idée me plaisait vraiment. Il faut dire qu’en la matière, il n’existe pas tant de romans que ça en français…
Je ne suis pas une grande habituée des romans modernes, se déroulant dans notre monde et surtout dans notre temps, mais une fois n’étant pas coutume, je me suis attaquée à la découverte de cette histoire parlant d’handicap et de musique qui, évidemment, m’attirait. Après avoir vu la couverture, dessinée par l’auteure, je ne pouvais qu’imaginer que son style serait poétique, et après avoir achevé ma dernière lecture, j’ai posé mes mangas et plongé dans l’univers de Flo Renard. Une auteure qui, au passage, est à la fois très accessible et surtout très sympathique !

J’ai d’abord été troublée et touchée par l’entrée en matière de ce roman. Je n’avais pas la moindre idée de comment l’histoire serait tournée, et la mise en bouche est très dure, bien qu’écrite avec ce style léger et fluide qui caractérise Flo. Un accident qui m’a particulièrement touchée, car un ami d’enfance à moi a vécu une situation très similaire, c’est donc complètement entièrement que je me suis plongée dans l’histoire, avec beaucoup d’émotion.

Ce roman raconte l’histoire d’un adolescent de 17 ans, Benjamin, qui, après un accident d’autocar au retour d’un voyage « scolaire », devient paraplégique. Envoyé en centre de rééducation aux « Epicéas » pour réapprendre à vivre avec son nouvel handicap, il apprend que celui-ci sera irréversible. Commence alors une difficile réadaptation au monde, qui s’effondre complètement autour de Benjamin… C’est aux Epicéas qu’il rencontre Elise, une jeune martiniquaise atteinte du même handicap que lui, et qui a une personnalité bien trempé et l’aide à passer au-dessus de l’inévitable dépression que l’ensevelit à l’idée que sa vie a changé du tout au tout, et que plus rien ne sera simple désormais. C’est là aussi qu’il rencontre le charmant Léopold, jeune homme amputé d’une jambe qui arrive au centre quelques semaines après l’admission de Benjamin. Une profonde amitié nait de ce trio complètement explosif, une immense complicité, teintée d’humour et de pics balancés, surtout par Elise et Léo qui s’entendent comme chien et chat. Au-delà de l’amitié, c’est une belle histoire d’amour qui va se forger au fil du roman, une histoire douce, tendre, rafraichissante, mais pas sans piment ! J’en profite pour préciser que dans « Aux Petites Heures de la Nuit », on ne trouve pas scènes érotiques, et que, malgré ce que certains pourraient reprocher à l’idée d’une romance homosexuelle, l’histoire est tout public, et vraiment touchante.

Benjamin n’est pas un adolescent comme les autres. Violoniste talentueux et  virtuose, il vibre d’une sensibilité et d’une créativité qui est part intégrante de sa personnalité. D’abord persuadé qu’il ne pourra jamais atteindre son but, qui est de vivre de la musique, à cause de son handicap, Benjamin a tenté d’éloigner de lui la musique, mais quand on a une âme vibrante d’artiste, eut-on seulement s’amputer d’une telle part de sa vie sans en être amoindri ? La musique, un des thèmes central de ce livre, et que l’on entend presque « chanter » tout au long de l’histoire, par le biais des références, de la virtuosité de Benjamin, et puis, de cette ritournelle qui revient… et qui sort d’on ne sait où. Parce qu’au-delà d’une belle histoire humaine, une histoire parlant de handicap et d’amour, et aussi d’amitié, de musique, de passion, il y a une trame de fond très particulière à cette œuvre. Tout d’abord infime lambeau auditif que l’on ne prend que pour un effet du vent, ou d’un mirage lié au fait que Benjamin est ému de retrouver enfin son violon et sa pratique qui lui a tant manqué, se dégage peu à peu une intrigue étrange, palpitante, un peu angoissante, aussi, mais qui, peu à peu, prend de plus en plus de place dans l’histoire. Des évènements paranormaux, un Benjamin qui semble peu à peu sombrer dans la folie, avec des références bien placées au Horla de Maupassant, et nous voici plongés, que dis-je, submergés par des interrogations, des inquiétudes, et une irrémédiable envie d’en savoir plus, de pousser plus avant… de lire… jusqu’aux petites heures de la nuit. ;-) Littéralement, chaque soir pendant trois soirs j’ai eu du mal à poser ma liseuse et à m’endormir. Particulièrement la dernière nuit, j’ai senti mon cœur s’accélérer à la lecture, et l’obscurité m’a presque autant inquiétée que Benjamin cherchant désespérément à fuir le sommeil pour que le cauchemar ne recommence pas à nouveau…

Parsemé de récits courts en italique, rêves vibrant de réalité, retours en arrière, ce roman est gravement addictif. Le style de Flo est tout simplement fabuleux. Lyrique au bon moment, moderne quand il le faut, notamment dans les dialogues entre les trois héros, jeunes gens de notre temps qui s’expriment, vivent, pensent comme des jeunes de leurs âges. J’ai été assez sidérée par l’ambiance que Flo a réussi à poser lors de son récit, une ambiance ambivalente qui correspond bien au personnage de Benjamin, à la fois artiste à l’âme sensible, et ado « comme les autres ». Les références à notre culture sociétale sont nombreuses, posant le récit dans le temps, complètement. On a la sensation que l’histoire est vraie, et qu’elle s’est déroulée quoi ? l’année dernière… On a même eu droit à une référence mythique à 50 Nuances de Grey, je cite : « - Non, mais c’est un livre de cul, il parait.  - C’est surtout un livre cucul, alors oublie-le. ».

Les références de ce roman ne s’arrêtent pas à la musique et à notre époque. On y trouve une foule de connaissances autour de la première guerre mondiale, amenée de manière ludique et intéressante, à l’histoire du grenoblois, aussi (puisque l’histoire se déroule à Grenoble), aux auteurs classiques, et à tant d’autres choses. Les conversations des trois amis sont riches, intéressantes, mais aussi drôle et réalistes, et on ne s’en lasse pas.

Les personnages :

Benjamin, alias Benji, dit « Kovitch » : d’abord, j’adore son surnom. Tendre, drôle, il lui colle à la peau. C’est une référence à la musique, bien évidemment, mais l’explication de ce surnom est… amusante. Il a un autre surnom, mais que je ne vous dévoile pas sous peine de me faire poursuivre par sa colère. ;-) Benjamin est un adolescent de dix-sept ans, rempli d’émotions et de questionnements. S’il parait qu’il était doux et obéissant avant, son accident l’a clairement changé pour un garçon un peu revêche, qui se bat pour se faire une place coûte que coûte dans le monde. Il est plutôt posé, mais ses coups d’éclat sont… dynamiques. Il n’a jamais été très intéressé par les choses de l’amour, trop passionné par la musique et embarrassé dans son propre mal-être et ses pulsions un peu « honteuses » pour se passionner par la chose. Pourtant, sa rencontre avec Léo va le chambouler au-delà de l’imaginable, et l’amener à réfléchir à ses envies, désirs, et aussi à son nouveau corps très morcelé. Quand il joue du violon, Benjamin devient une autre personne. Une personne forte, assurée, vibrante de vie et de passion. C’est un personnage que j’ai vraiment adoré découvrir et suivre dans son cheminement intérieur, il est riche en émotions et ressentis, et l’on vit un peu avec lui ses bas et ses hauts tandis qu’il se reconstruit une identité après la perte de ses moyens. Et le côté de lui qui déclenchera l’intrigue paranormale de l’histoire est vraiment passionnant !

Elise, dite « Pimousse » : un vrai char de guerre sous tous rapports, cette fille ! Elle a eu des nettes tendances à m’agacer au début, mais on peut le dire, sans elle, l’histoire aurait été beaucoup moins vivante, et très tristounette ! Elise ne baisse jamais les bras (ou presque !). C’est une battante, qui refuse de montrer ses émotions, parle tout le temps, fait une consommation nettement abusive de bonbons et a un sens de l’humour digne de la grâce d’un éléphant dans un magasin de porcelaine. Sa spécialité : massacrer le français. Pour une bachelière de 1ère, autant dire qu’elle a du pain sur la planche ! Elle aime le sport, et est fan de Pink. Elle manque de réflexion, fonce souvent dans le tas, mais son énergie, son grand cœur, et sa perspicacité seront de grands atouts dans ce trio détonnant. Elle est considérée par Christine, une infirmière pas commode surnommée « Bison furieux », comme un dangereux obus dont il faut se méfier à tout prix. C’est vrai que c’est une tête brûlée, et qu’elle est aussi têtue qu’obstinée… Elle a seize ans.

Léopold, alias Léo, dit « Azimut » : jeune homme de vingt-cinq ans, travaillant dans une bibliothèque avant son accident de moto, qui l’a vu perdre sa jambe, Léo est passionné par la première guerre mondiale. Il fait même partie d’un groupe de reconstitutions historiques autour de ce sujet, les « Poilu de l’Isère ». Léo possède un humour parfois très tendancieux, dont il use et abuse. C’est un jeune homme calme, posé et réfléchi, qui, au début, est considéré comme très égoïste. J’ai perçu cette facette de lui, mais je crois que son accident, suivi de son amour pour Benji, l’a pas mal transformé. Tendre, attentionné, précautionneux mais rempli de vie et d’énergie, il est aussi extrêmement intelligent. J’ai beaucoup accroché avec sa personnalité très solaire. Et en plus, il est beau. Il a tout pour lui et ne manque pas une occasion de le rappeler… avec humour bien sûr.

Il y a quelques autres têtes et noms présents dans l’histoire, Christine, l’infirmière, le docteur Filipini, la famille de Benji, dont Théa, sa sœur, qui, si elle est discrète, est vraiment un chouette plus, Alban et les Poilus de l’Isère, et deux personnages dont je ne dirai que les noms, pour ne pas gâcher la surprise… Serge et Philipe. Ceux-là, on les retient, et vous saurez pourquoi en lisant ce roman que je ne peux que conseiller, comme étant l’un des plus palpitants et addictifs que j’aie lu !

J’aurais apprécié d’en savoir plus le futur des personnages, notamment au niveau de leurs liens, après leur sortie, c’est évoqué, mais ça reste un peu flou à mon goût. Je ne peux pas dire que j’aie été déçue par la fin, notamment l’épilogue est vraiment très sympa, et c’est une belle fin, qui laisse rêveur, et ne donne simplement pas envie de refermer la livre !! On a envie de continuer à découvrir comment s’en sortent nos trois héros, comment ils parviennent à continuer à se voir, à quel rythme, etc… et notamment Benji et Léo, ça reste un peu vague.

​En conclusion, un livre que j’ai vraiment dévoré et adoré, et que je recommande chaudement. Une histoire plus que touchante et menée du début à la fin d’une main de maitre, sans qu’on parvienne à reprendre son souffle et évidemment sans temps mort pour s’ennuyer. C’est simple : on est en apnée jusqu’au bout !! A lire, à tout prix ! (et puis question prix, à 2,99 euros en ebook sur amazon, on ne peut pas dire que cela coûte grand-chose…)

Points positifs : écriture fluide, qui oscille entre lyrisme et modernisme. Des personnages vraiment très travaillés. Un scénario béton, une histoire captivante. 

Points négatifs : trop addictif, empêche de dormir la nuit ;-) La fin laisse sur sa faim et donne envie d'un second tome!! ^^ 
Note: 4,9/5 

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