vendredi 15 septembre 2017

[Chronique] Anamorphose - Feylie

 Anamorphose - Feylie








Titre: Anamorphose
Auteure: Feylie
Éditions Mix Éditions
Genre: romance M/M


SERVICE PRESSE


Résumé:


Héritier du trône, Siegfried n’a de cesse de vouloir égaler son père, au mépris de ses véritables aspirations. Jusqu’au jour où il découvre l’infidélité de ce dernier. Il entreprend donc de le suivre jusqu’au Domaine des Cygnes où l’interdit prend les traits d’Engel, un jeune homme aux mille et un visages. À ses côtés, il s’autorise à profiter de l’instant présent.
Hélas, ses devoirs d’héritier se rappellent chaque jour à lui, et avec eux les doutes qui affectent sa relation. Et pendant que nombre d’intrigues se tissent derrière son dos, le poids de la couronne sur sa tête s’alourdit. Bonheur et royauté ne font pas bon ménage, tout comme rêve et réalité. Comment choisir entre l’un et l’autre sans paraître égoïste aux yeux d’un peuple et d’un amant ? Cruel dilemme que seule l’issue d’un jeu de masques et de miroirs parviendra à résoudre. Car, au Domaine des cygnes comme au palais du Roi, tout est anamorphose.


Chronique d'Aurélie

Tout d’abord un grand merci à Mix Editions pour ce service presse qui fut une vraie belle découverte…

Cela faisait un moment que ce livre, par sa couverture et son titre, m’intriguait. J’ignorais la signification du mot « anamorphose », pour tout dire je pensais que c’était un mot inventé !

J’ai plongé dans l’ambiance très renaissance de ce roman avec beaucoup de plaisir. Cela faisait longtemps que je ne m’étais pas retrouvée dans ce genre d’atmosphère, et ça a été un voyage vraiment agréable. Pas de réelle situation géographique ici, malgré le thème et le rang des personnages (le héros, Siegfried, s’apprête à devenir roi), nous sommes dans une pure fiction, cependant, l’ambiance, les noms, les châteaux, les décors, tout m’a fait penser à la Bavière ou à l’Autriche. J’ai imaginé tout du long les beaux palais de Bavière comme écrin à cette romance d’amour presque courtois. Les jeux de la Cour, les perruques, les vêtements, nous nous plongeons vraiment dans un autre monde, un autre temps, entre Histoire et fiction, et pour moi, c’est un premier grand plus de ce roman. L’auteure retranscrit très bien une époque révolue, faite de fastes et de masques sociaux, et en même temps, elle nous offre la possibilité de nous évader en terres inconnues. Résultat : du rêve et de la magie pour ce qui ressemble presque à un conte de fée…

Le décor et l’époque, donc, sont vraiment bien décrits et permettent de complètement s’immerger dans le récit, avec la sensation d’y être. Parfois ce ne sont que des petites touches, parfois de vraies descriptions magnifiques. J’aime cette époque de fastes, c’était donc un vrai régal de m’y plonger ! Les noms ajoutent encore à cette ambiance somptueuse, d’ailleurs j’adore ces sonorités germaniques, ce qui m’a permis d’aimer d’emblée nos héros, Siegfried et Engel, rien qu’à lire leurs noms ! (mais pas que, vous le verrez après).
Autre chose appréciable dans ce temps où richesses et fêtes étaient légion, c’est cette hypocrisie latente qui caractérise la Cour et les nobles. Non, je ne suis pas folle, et non, je n’apprécie pas cela en tant que qualité, mais je trouve que cette tension constante, ce masque que les personnages doivent porter, cette apparence qu’ils doivent montrer ajoute énormément à l’aspect dramatique de ce récit. Siegfried, en tant que futur roi, doit tenir son rôle, comme un comédien enfermé sur la scène de sa propre existence. Nous avons d’ailleurs dans ce roman nombre de références au théâtre, et le choix est très juste, en effet…

Acteur, donc, notre jeune prince ne peut aisément se libérer de ses chaînes et changer de rôle comme il l’aimerait… Autour de lui, les spectateurs attentifs veillent à ce qu’il n’échappe pas à leur sévère vigilance… Mais Siegfried ne se sent pas taillé pour ce rôle qu’on l’oblige à endosser. Les intrigues de Cour le navrent et l’exaspèrent, ses proches « conseillers » (mère, surintendant, etc) le répugnent et lui donnent envie de fuir. Il ne se sent pas les épaules pour assumer de devenir ce roi puissant et bienveillant que le peuple attend, pas l’envie d’être ce roi pantin qu’on lui propose d’être à grands coups de sourires. Siegfried possède une âme noble, fière, pure, qui s’est étouffée pour le « plus grand bien » mais à laquelle il ne parvient pas tout à fait à renoncer… Entre devoir et liberté, entre amour et pouvoir, son cœur balance, et ses choix sont souvent teintés d’obligations et de manipulation qu’il subit sans parvenir à trouver une issue à sa situation… Cela le rend parfois très irritable, il n’est pas toujours facile à vivre, et son frère en fait parfois les frais (frère que j’ai beaucoup apprécié au passage, même s’il reste discret, c’est un personnage qui est frais, généreux et rempli d’humour).

Engel a, quant à lui, décidé de se passer de rôle, ou plutôt, de les embrasser tous. Il aime se grimer, en femme, en homme, peu importe, il est l’homme aux mille visages, qu’il est difficile de mener à la baguette et qui décide par lui-même, malgré son simple statut de « cygne », en d’autres termes, de prostitué. Il aime aussi se parer d’emphase, oser tour à tour le romantisme, le drame, la philosophie ou les envolées lyriques. Et, surtout, il change d’humeur comme de costume. Aussi insatiable qu’instable, il rêve de liberté, point qu’il partage avec Siegfried, bien que leurs vues diffèrent parfois énormément à ce sujet. Engel est un drôle d’oiseau. Insaisissable, on ne comprend pas toujours ses réactions. L’amour l’aveugle, même s’il se croit libre, il est tout aussi enchaîné que les autres, à sa manière… Sauf qu’il est en quête, il cherche à coller à ses propres croyances, à ne faire aucun compromis, ce qui l’amène, notamment, à parler avec une arrogance qui, face à un futur roi, est, ma foi, très amusante… J’aime beaucoup sa façon de parler, fière et directe, mais aussi poétique et parfois très sage. Par contre il a un côté très boudeur/susceptible, parfois on a envie de le secouer pour qu’il ouvre les yeux sur la réalité du monde dans lequel vit Siegfried… mais en même temps, son obstination à ne pas accepter cet univers guindé où tout se joue sur l’apparence et les courbettes va lui permettre de toucher son amant d’une manière que lui seul aurait pu accomplir… et le faire réfléchir à comment faire s’effondrer ses propres murs intérieurs. Ceux qu’on construit autour de lui autant que ceux qu’il se crée de lui-même, pour se protéger, ou parce qu’il a été éduqué à dresser de lui-même sa propre forteresse de papier-mâché pour s’aveugler lui-même…

Il y a, aussi, cette tension liée à la relation mystérieuse qu’Engel a entretenue avec le père de Siegfried. Le jeune futur roi ignore ce qui relie les deux hommes, mais cela l’intrigue et l’agace à la fois ! Le roi a-t-il été l’amant d’Engel ? Qu’est-ce qui a fait du jeune prostitué un homme à part, à ses yeux, qu’il fréquentait abondamment ? Autant de questions sans réponses… du moins, pas tout de suite !

Anamorphose, c’est une histoire d’amour très atypique. Dans un univers où une telle relation est inenvisageable, surtout pour un futur roi, on doute, jusqu’aux dernières pages, de l’issue de cette liaison tumultueuse mais si belle, si pure. Je ne vous dirai pas comment cela se termine, évidemment, mais vous serez sans doute surpris. Moi, j’ai été touchée, et émue. Mais tout le roman repose sur cette tension-là : cet amour partagé ne peut mener qu’au malheur. Une relation entre hommes, qui plus est entre un roi et un prostitué… Engel lutte contre les préjugés, il souhaite révéler au grand jour une passion qui dévore les deux amants, les consume, les pousse à s’unir pour toujours, mais est-ce seulement possible ? Siegfried, lui, n’y croit pas un seul instant… et pourtant, renoncer à Engel, ce serait s’arracher le cœur… Entre tragédie et tendresse, entre sensualité et colère, Anamorphose retrace à merveille un récit d’un autre temps, qui ne peut pas laisser indifférent, et qui est mené, jusqu’à la fin, d’une main de maître par Feylie, dont la très belle plume est un petit bijou, une baguette magique qui vous transporte tout droit dans cette époque un peu féerique où masques et perruques poudrées sauront, je l’espère, comme moi vous séduire…

Enfin, Anamorphose possède aussi une nouvelle (assez conséquente, 50 pages en format ebook) spéciale Saint Valentin, que j’ai beaucoup aimée ! D’abord on y revient sur le passé d’Engel, ce qui est appréciable. On le découvre adolescent, s’apprêtant à devenir un Cygne du domaine… Puis on revient au moment « présent » où l’on participe à une Saint Valentin très spéciale, et remplie de rebondissements ! Comme Engel et Siegfried, je n’aime pas la Saint Valentin, mais j’avoue que celle-ci a réussi à me séduire !

Points positifs : une très belle écriture ; une ambiance renaissance magique ; un scénario bien campé et très prenant ; une belle romance.
Points négatifs : pas trouvés.
Note: 4,3/5

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