mercredi 20 septembre 2017

[Chronique] Alice au Royaume de Coeur - Quin Rose

Alice au Royaume de Cœur - Quin Rose






Titre: Alice au Royaume de Coeur
Auteure: Quin Rose
Éditions Ki-oon
Genre: manga - shojo
6 tomes




Résumé:


Alice Liddell somnole dans son jardin quand un jeune homme avec des oreilles de lapin la kidnappe en la faisant tomber dans un trou. Sans le vouloir, Alice est emmenée à Wonderland, dans la contrée du Royaume de Cœur. Le lapin dit s’appeler Peter White et lui fait avaler une étrange potion avant de disparaître. Afin de rentrer chez elle, Alice doit jouer au même étrange jeu que les habitants de ce monde et la chose n'est pas facile quand tous les hommes cherchent à la séduire ou à la tuer.



Chronique d'Aurélie


En lisant le résumé, qui annonce clairement qu’il s’agit d’une histoire dans un univers parallèle à celui d’Alice au Pays des Merveilles, je n’ai pu qu’être attirée par lui, et j’avais hâte de le découvrir. On peut dire que je n’ai pas été déçue ! Ce manga est vraiment complètement différent de tous les shojo que j’avais lus jusqu’à présent. Je dirais même qu’il tire très franchement sur le shonen, d’une certaine manière. Qu’on se le dise, clairement, Alice au Royaume de Cœur n’est pas un manga pour les enfants !

Autant vous expliquer pourquoi immédiatement. La violence est relativement présente, dans cette série. Bien dosée, rien de gore, mais les scènes de combat sont nombreuses et relativement sanglantes. On pourrait se dire que ça n’a rien d’étonnant dans un univers digne du Pays des Merveilles. Eh bien, oui, ce manga n’a rien à envier à l’histoire dont il est librement tiré.

A savoir, d’abord, Alice au Royaume de Cœur est, à la base, un jeu vidéo, dans lequel on joue le personnage d’Alice qui atterrit en plein Royaume de Cœur et interagit avec les différents personnages. C’est le grand côté shojo de ce manga, ça reste une romance. Tous les personnages semblent accrochés à Alice, particulièrement les hommes, mais pas seulement : la reine de cœur adore Alice également, et la traite de manière assez tendancieuse.

Je vais développer cet aspect plus bas, j’aimerais tout d’abord me centrer sur l’univers dans lequel évolue Alice Lidell. Elle est persuadée qu’il s’agit d’un rêve, et très franchement, jusqu’à la fin, on ne sait pas quoi en penser. Où est le rêve, où est la réalité ? Difficile à déterminer, dans cette histoire très psychédélique, mais cet aspect du manga est assez fabuleux, car tout du long, Alice subit sa propre introspection, se remet en question, elle et sa façon de percevoir le monde. Comme elle est persuadée que tout ce qui l’entoure sort de son imagination, elle est sidérée de se retrouver face à elle-même. Ses peurs, ses désirs secrets. Sa propre mièvrerie, du moins, c’est ce qu’elle en pense.

Le Royaume de cœur est un des nombreux royaumes du Pays des Merveilles. Dans cette première série, on n’en découvre aucun autre, mais les suites de ce manga nous emmèneront dans d’autres univers, tous aussi délirants (je pense notamment à Alice au Royaume de Trèfle et Alice au Royaume de Joker). Mais restons centrés sur le Royaume de Cœur, que nous découvrons avec Alice dans ces 6 tomes remplis de rebondissements. Déjà, le temps y est différent de notre monde. Complètement fou, même, devrais-je dire. Le matin, la nuit et la journée alternent n’importe comment et débarquent sans crier gare, ce qui fait qu’il peut faire nuit d’un seul coup, rendant les déplacements assez aléatoires et difficiles (heureusement qu’Ace a toujours une tente et de quoi camper caché on ne sait où dans ses vêtements ;-) ). Les saisons y sont aussi fort déstabilisantes, notamment le fameux mois de Mai. Oui, fameux, ce mois étrange où les saisons sont différentes pour chacun des quatre territoires de ce royaume. C’est ainsi qu’on peut passer de l’hiver à l’été sans transition… Là, on pourrait se dire que notre cervelle va exploser d’un coup, mais accrochez-vous, ce n’est pas fini. En fait, tout, dans ce manga, vous laisse sur les fesses.

Un exemple. Je vous parlais de quatre territoires, plus haut. Eh bien, le royaume de Cœur est divisé en quatre, en effet. Il y a la Tour de l’Horloger, qui est neutre. Les trois autres « pays » sont en guerre. Il s’agit du château de la reine de cœur, de la maison du chapelier, et… du parc d’attraction. Oui, vous avez bien lu. Attention, parce qu’au parc d’attraction, on sait s’amuser, mais ça ne vous empêche pas de finir la journée en carnage généralisé à coup de gros flingues si par malheur le chapelier et ses hommes venaient à passer par là. Le gérant (Goround) du parc déteste le chapelier (Blood Dupré) parce que ce dernier a révélé à tous son véritable nom : Mary Goround. Depuis, il cherche à l’éliminer.
Le cadre est posé, et vous avez pu vous en rendre compte, c’est à s’arracher les cheveux sur la tête. De plaisir, bien sûr. Parce que franchement, c’est vraiment passionnant d’en apprendre plus, page après page, sur cet univers. Passons aux personnages. Je vous fais d’abord un topo global, parce que ça vaut vraiment le détour, et ça vous en dira plus sur ce monde. Il y a trois sortes de personnages : Alice, d’abord, qui est à part. C’est « l’outsider », qui n’a pas de rôle et est totalement libre. Elle cherche à sortir du Royaume de Cœur pour rentrer dans son monde, persuadée qu’il s’agit d’un rêve. Ensuite, nous avons les personnages qui ont un rôle. Ils sont plus nombreux qu’on ne l’imaginerait. A part le roi de Cœur, tous revêtent une importance et sont attachants. Chacun d’eux possède un objet qui semble inoffensif (tel que le violon de Goround) mais qui peut à volonté se transformer en une terrible arme à feu. Nous reviendrons sur ces différents protagonistes plus bas. Enfin, nous avons les figurants. Littéralement, ce sont des figurants. Ils ont chacun un rôle bien fixé, sans aucune valeur, et n’ont pas de visage. Ils n’ont pas de véritable personnalité. Du moins, c’est ce qu’on croit au départ.

L’arrivée d’Alice va tout changer, pour tout le monde. Chacun, au royaume de Cœur est figé dans son rôle, mais la jeune fille va commencer à faire évoluer tout ce petit monde en douceur. Les personnages se mettent à évoluer. A changer. A faire leur choix… à obtenir une forme de libre-arbitre.

Dans le Pays des Merveilles, la vie n’a aucune forme d’importance. A part celle d’Alice, qui semble sacrée pour tout le monde (je dis cela, mais ça ne veut pas dire qu’elle ne se retrouvera pas parfois en danger de mort !). Chaque personnage ayant un rôle bien défini, ils sont tous considérés comme étant remplaçables. Que ce soit les figurants, qui se font tuer par dizaines (à l’immense horreur d’Alice, pour qui chaque vie a son importance), ou les principaux protagonistes qui, s’ils meurent, seront également changés, simplement. En fait, Alice va rapidement réaliser que personne, au Royaume de Cœur… ne possède de cœur. Oui, je sais, c’est troublant. Dans la poitrine de chacun des personnages bat, à la place de ce cœur qui fait en partie la différence d’Alice (et qui attire irrémédiablement certains), une pendule. Tic Tac… Une pendule, si elle se casse, on la répare. C’est là le rôle de Julius, l’horloger. Aidé du mystérieux homme masqué et encapuchonné (pas si mystérieux, mais comme ce n’est pas censé être son rôle, il passe inaperçu aux yeux de tous ou presque), il récupère les pendules des morts pour les réparer. Pour que tout recommence. Encore et encore. Inutile de dire que certains protagonistes ne sont pas du tout d’accord ! C’est le cas des membres de la maison du chapelier.

Parlons un peu de ces différents territoires qui peuplent le Royaume de Cœur. Je vais en profiter pour vous en dire plus sur les personnages importants à cette histoire :

-Avant toute chose, parlons d’Alice. Je vous ai déjà dit qu’elle se pensait dans un rêve. Elle possède une fiole qui, d’après « Nightmare », le démon des cauchemars, qui peuple ses songes dans le Royaume de Cœur, doit se remplir si elle veut quitter ce pays. Cette fiole ne peut se remplir que si Alice évolue en rencontrant les divers protagonistes de l’histoire, en interagissant avec eux. Alice est volontaire et courageuse, elle est aussi sensible et bienveillante. Elle a un caractère bien trempé, mais non moins doux et gentil, qui fait qu’elle est aimée de tous et aime tout le monde. Sauf Blood Dupré, mais… il se pourrait qu’en fait leur animosité mutuelle cache bien des sentiments (après tout, on est dans un shojo, n’est-ce pas ?). Alice aime tout ce qui est petit et mignon. Elle a une grande sœur qu’elle adore, bien que celle-ci soit involontairement la cause de la perte de l’homme qu’elle aimait, et qui l’a laissée par amour pour cette sœur.

-La Tour de l’Horloger : c’est le seul territoire neutre du royaume. C’est aussi le plus important, du moins du point de vue du lecteur. C’est là qu’Alice sera logée, de là qu’elle sera censée repartir pour rentrer chez elle. Ici, on trouve le fascinant personnage de Julius Monrey, sans doute un de mes protagonistes favoris. Julius est grognon et asocial, et pourtant, il accepte Alice, et l’adore visiblement. Il lui râle toujours dessus, passe son temps à critiquer son café, auquel il donne systématiquement une note, mais il est adorable malgré tout, et sa relation avec Alice est juste touchante. Personne ne semble vraiment l’apprécier, notamment à cause de son métier de « croquemort » (qui est quand même bien utile, il faut le dire), personne, sauf l’autre personnage que, pour ma part, je relie directement à la Tour, même s’il est censé faire partie du château de Cœur. Je parle ici d’Ace, qui est le personnage que j’ai préféré. Il cache derrière son sourire constant une personnalité torturée qui ne peut pas laisser indifférent. Désinvolte, il ne cesse de se perdre. Ceci n’est pas anodin, c’est LE personnage qui tente de quitter son rôle, de sortir de cette chape qui empêche tout le monde d’évoluer. Il est aussi extrêmement violent, flirte sans cesse avec les limites. Il aime blesser Alice, que ce soit en tuant des gens devant elle ou en la menaçant, ou en faisant du mal à ceux qu’elle aime, pourtant, en vérité, il cherche juste une issue à ses propres enfermements, et il est irrémédiablement attiré par cette jeune fille qui lui ressemble en bien des points. Quelque part, Ace est la face sombre d’Alice. A eux deux, ils forment un « couple » détonnant : aussi niais et ahuris l’un que l’autre, complètement maladroits, quand ils s’entendent bien, ils s’entendent même à merveille. Ace est fasciné par les battements du cœur d’Alice, je pense qu’en fait il est même fascine entièrement par Alice, par sa liberté totale de mouvements. Son rôle est celui du chevalier de cœur. Il est donc le serviteur de la reine de Cœur, même s’il n’obéit que rarement à ses ordres. Il est le seul ami de Julius, et c’est réciproque.

-Le château de Cœur : c’est le palais de la reine Vivaldi, un personnage complètement schizophrène et délirant. Elle passe son temps à vouloir décapiter tout le monde, par colère ou simplement par ennui. D’un autre côté, elle adore les peluches, et est passionnée par Alice. Elle veut la déguiser, la coiffer, lui montrer ses facettes les plus kitch… Elle voudrait la garder rien que pour elle. Malgré son apparence de splendide femme assurée, elle cache dans son cœur une terrible blessure, celle de ne pas avoir su attirer l’attention du Roi (parce que oui, être reine et roi, ce sont des rôles qu’ils assument en tant que personnages, simplement.) Le palais de cœur est aussi le territoire de Peter White, alias… le lapin blanc. Il possède un forme de lapin, qu’il prend pour tenter de séduire Alice, dont il est fou amoureux (et d’ailleurs, au début de l’histoire, c’est lui qui la kidnappe pour l’amener au Royaume de Cœur). Mais principalement, il a une forme humaine avec des oreilles de lapin. Ne soyez pas leurrés par son apparence, avec ses grandes oreilles blanches, c’est un psychopathe. Il tue sans hésitation, surtout s’il s’agit d’éliminer des rivaux potentiels dans sa quête du cœur d’Alice. Alice le fuit immanquablement, elle le considère comme un pervers et ne l’accepte à ses côtés que sous forme de petit lapin mignon.

-Le manoir du Chapelier. C’est le territoire des membres de la mafia. Oui, vous avez bien lu. Le Chapelier (Blood Dupré), le Lapin de Pâques (Eliott March) et les Jumeaux Dee et Dum (Bloody Twins) constituent la tête de la mafia du Royaume de Cœur. Principalement, ils tentent de collecter les horloges et de les détruire pour faire cesser le cycle infernal des « réincarnations » qui poussent ce monde à rester figé. Blood Dupré est le chef de tout ce petit monde. Sombre, énigmatique, il semble n’aimer personne, ce qui est fort réciproque (à part Eliott qui le vénère car il l’a sauvé précédemment). Il est très sarcastique, et n’aime pas qu’on se mêle de ses affaires. Alice le met dans tous ses états, il ne peut s’empêcher de la chercher et de la provoquer. C’est un grand amateur de thé. Blood est la réplique parfaite de l’ex petit-ami d’Alice, celui qui l’a abandonnée, ce qui ne va pas faciliter leur relation. D’autant que, s’il se ressemble physiquement à ce petit-ami perdu, ce n’est pas du tout le cas de leurs personnalités complètement opposées ! Eliott March est, pour moi, le personnage le plus mignon de l’histoire (mais ne le lui dites pas, il verrait rouge !). Il a deux grandes oreilles de lièvre, mais déteste qu’on le traite de lapin. Il déteste les carottes, de toute manière (sauf en gâteaux, crèmes, biscuit, etc…). Même s’il est le second de la mafia et qu’il est tout à fait capable de faire preuve d’une très grande violence, il est de loin le plus doux de l’histoire. Il est juste touchant. Il adore Alice. Les jumeaux sont deux enfants (enfin, dans la série du Royaume de Cœur, en tout cas. Ils nous réservent ailleurs d’autres surprises…), mais ils sont aussi dangereux que pervers. Avides de violence, une fois qu’ils ont fait connaissance avec Alice ils en tombent fous amoureux et sont sans cesse accrochés à elle, ce qui ne les empêche pas d’agir comme des petits monstres psychotiques.

-Le Parc d’Attraction : c’est le domaine de Goround. Je n’ai pas très bien cerné ce personnage, qui est le seul que je n’ai pas tellement aimé. Il est gentil comme tout avec Alice, très joyeux, mais je dirai que son importance n’est pas vraiment capitale. Le seul point vraiment sympa de ce personnage, c’est qu’il chante faux… mais adore chanter. Ce dernier territoire est aussi le lieu où va évoluer Boris, le chat du Cheshire. Un personnage que j’adore. C’est le punk de l’histoire. C’est un chat, sous forme humaine, mais avec des oreilles de chat, une queue de chat… et des bijoux en forme de squelettes de poissons. Boris considère que la vie n’a aucune valeur, la sienne comme celle des autres. Mais il est le personnage qui va le plus évoluer au contact d’Alice, il veut tout faire pour lui plaire, et surtout ne pas la rendre triste. Ce sera son ami le plus proche. C’est aussi le principal protagoniste d’Alice au Royaume de Trèfle (série qui suit le Royaume de Cœur sans la suivre vraiment).  Il est très touchant.
-Le Royaume des Rêves n’est pas à proprement parler un territoire, mais il a son importance, et Alice ne sera pas la seule à s’y rendre et à y avoir des interactions avec Nigthmare, le démon qui règne sur cet univers. Nightmare est trop drôle. Il a un grand air sérieux, mais est très émotif, ce qui fait qu’il vomit du sang à chaque fois qu’il est ému…

Je ne voyais pas vraiment comment ne pas vous parler de chacun de ces personnages, car tous ont une importance capitale, et pourtant, rassurez-vous, on ne s’y perd pas du tout dans ce manga que j’ai trouvé très clair et très lisible, surtout vu le degré de complexité de l’intrigue et de l’univers. Ça se lit tout seul. Il y aurait encore des milliers de choses à dire, en six tomes, quelle incroyable richesse que cette fabuleuse série. Les émotions y sont bien menées et bien dosées, la fin est juste un vrai petit bijou. C’est vraiment un manga à découvrir.



Points positifs : un univers complètement délirant, un axe psychologique très fouillé. Des personnages tous plus attachants les uns que les autres !

Points négatifs : pas trouvés…


Note: 4,4/5 

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